23/09/2006 10:52 am
N’espérez pas rattacher l’infidèle.
Aimez sa vue de chatte derrière
sa voix lointaine,
Ses toilettes ouvertes,
son impudeur rayonnante,
Noyau tendre que la boue presse
sous la rafale des troupeaux.
D’un désert de primeur et d’artères
Elle commande aux sans racines
De se peindre
Pour s’alourdir.
Elle souhaite et appréhende
le risque en se berçant
de troubler sa mémoire.
Elle voit maigrir les oiseaux inquiets.
Nous nageons vers l’écueil en forme de paupière.
Les coteaux s’attiraient.
Aux tuiles de la nuit
les chauve-souris détachaient leur dentelle.
Le viol d’une pâleur de duvet
s’est posée sur la blancheur de la nappe.
L’obscur geôlier de mon sang a grelotté.
L’autre a serré.
Le ciel s’est déplié.
L’ovale de la clairière était doux.
Nos dents ont couvert la voix des cloches
Jusqu’à la craie.
(Fichtre ! j’avais omis de dire que ce poème est un extrait de René Char, Dans l’atelier du poète.)


Enchemisé
Ai passé la majeure partie de mon avant-midi à chercher le nom d’un poète entendu sur les ondes de radio France Culture il y a deux ou trois ans. J’avais alors noté quelques-uns de ses mots, précieusement, car ils nommaient une difficulté éprouvée (et qui m’habite toujours), une difficulté majeure « qui [me] rend [parfois, souvent] la parole courante difficile ». Je l’ai donc retrouvé : il s’agit du poète Jean Todrani. Pas question cette fois-ci de le laisser retourner incognito dans l’indifférencié de mes archives (il y a tant à lire !). Une note, donc, pour laquelle j’ai vampirisé la Toile, en attendant de m’emparer de l’un ou l’autre de ses recueils. Jean Todrani avait alors évoqué la nécessité à trouver dans le langage “la forme polyèdre” pour dire les choses, difficulté qui rend la parole courante difficile au poète. Sûrement pas qu’à lui, mais le poète s’accommode moins bien que n’importe quel autre des approximations sans sève.


