08/01/2008 9:49 pm
À la recherche du Temps suspendu…
Il y a un peu plus de chemin parcouru qu’il ne m’en reste. Je parle de ma [poursuite - enfin ! - reprise de] lecture de Le Paradis Terrestre ; Mythes Et Philosophies de Milad Doueihi, et non de ma vie. Quoique… à la différence toutefois que, un livre, ça peut se reprendre depuis son début. Et maintes fois, même. Pourtant, il s’agira cette fois de ne vous parler que de le retrouver là où je l’avais laissé.
Car, là où je l’avais laissé, il m’attendait… Singulièrement.
Ou mon étonnement n’est-il dû qu’à l’oubli ? ?
Depuis quelques mois d’avant ce récent temps de suspension pour - faisons court - raison de migration, j’ai beaucoup jonglé avec [entre autres] le concept de l’ignorance (ou est-ce elle qui ne cessa jamais de jongler avec moi ?). Et donc, hier, je réouvre le livre de Miladus et lis, en début et haut de page 112 :
« L’ignorance, fait humain caractéristique du vulgaire… »
Si j’étais susceptible, je féliciterais le comité d’accueil pour la paire de baffes grâcieusement distribuées…
Heureusement que je sais un peu lire !
(Pour les autres (hé, hé…) : vulgaire, en son sens premier, désigne le commun des hommes, la foule. Sans sens péjoratif car, celui-là, c’est le …vulgaire qui l’octroie en surcroît.)
O L É !
Oui, bon, souhaitons ardemment que Miladus se montre clément envers moi et les libertés que je m’autorise impunément avec le sujet de son érudit ouvrage. Il doit savoir que j’emprunte souvent des manières de lire peu orthodoxes. Et, après tout, avec ma note, on effectue une plonge au cœur du chapitre en question, Paradis entre politique et liberté !
En fait, je ne fais que m’engager sur une voie transversale de l’imposante avenue royale qu’a été la sienne, à ce titre. Et puisse-t-il se réjouir que je ne le sacralise personnellement, en ne répétant pas de la sorte, autrement, l’erreur adamique qu’il relève.
Maintenant, il serait temps d’accoucher de mon propos, si vous êtes encore là pour me lire.
Deux premiers extraits des pages lues depuis hier :
« L’ignorance, fait humain caractéristique du vulgaire, conduit irrémédiablement à une adaptation, à une accommodation de la révélation du divin aux opinions et aux attentes de l’homme et de son milieu. »
« Le local est le lieu ou l’occasion de l’erreur parce qu’il ne reconnaît pas ses limites naturelles ; il se méconnaît et s’identifie à l’universel, se déclare universel. »
Voilà deux perspectives admirablement synthétisées à partir desquelles ruminer longuement et arpenter le cours de la vie/nos vies.
Mais on risque de manquer de temps, là, tout de suite… Alors on ne va causer que de la mienne (à votre charge de parler de la vôtre en commentaire, eh, oh !).
Au cours de mon humble (en gras, pour que vous sachiez que c’est bien senti, chez moi, malgré mon ton impertinent - ou justement à cause de) existence (mais respectable, hein, faut pas se méprendre !), j’ai connu - au vu de ce qui nous occupe actuellement - deux événements exceptionnels du fait qu’ils demeurent inexpliqués. Ce qui les distingue, c’est qu’ils furent deux situations où intervinrent des éléments totalement extérieurs à ma personne et à mon esprit, puisqu’ils concernèrent les vies de deux de mes connaissances. Afin que vous sachiez plus concrètement à quoi vous en tenir, cela ressort de ce qu’on qualifie de “prémonitoire”, tel un rêve ou un flash éveillé. Troublants, tous les deux, pour des raisons diverses, et à ce jour, inexpliqués. Faut dire que, non seulement je ne cherche plus à comprendre comment ils ont pu se produire, mais ça ne m’intéresse pratiquement plus. Quant au pourquoi… M’enfin, voilà qui nous ramène aux citations précédentes.
« L’ignorance, fait humain caractéristique du vulgaire, conduit irrémédiablement à une adaptation, à une accommodation de la révélation du divin aux opinions et aux attentes de l’homme et de son milieu. »
Suite à chacune de ces expériences, j’aurais pu me dire que c’était là intervention divine, que j’étais une élue de Dieu, que j’avais un don de voyance, et ainsi de suite. Évidemment que je m’en trouvais très intriguée, mais sans la nécessité de parer l’une ou l’autre situation d’une aura miraculeusement divine. Heureusement, d’ailleurs, puisque je n’ en ai connu que deux de cet acabit-là et donc, tout échafaudage à partir d’eux aurait looooonguement été secoué du chambranle ! Les devais-je à une intervention céleste, au pouvoir obscur de mon cerveau, etc., je n’en sais fichtrement rien. Ces singularités-là se sont avérées sur mon chemin comme elles s’en sont allées. C’est tout.
Ou presque… mais d’ordre plus banal : j’ai souvent passé, et passe encore, dans ma vie, pour avoir des antennes. Rien de sorcier, la salade : une pincée d’intuition (capacité intellectuelle de déduction et douance pour les calculs de probabilité),
un bon grain de connaissance(s) du ou des sujet(s), et une bonne aptitude à sentir, ressentir, éprouver ce qui traverse le cours de nos vies. Bonne, au sens de sain, et au sens où l’on sait faire la part de ce qui nous appartient et de tout le reste ; mauvaise serait celle qui vise à un pouvoir sur les autres.
Voilà pour ma voyance, et mes points de vue.
C’est idiot, hein, j’aurais pu faire fortune et être couronnée de gloire, si j’avais voulu les utiliser à d’autres fins. Y a trop de relativité en moi. Et la relativité, ça oui, c’est universel. Moi, moins.
« Le local est le lieu ou l’occasion de l’erreur parce qu’il ne reconnaît pas ses limites naturelles ; il se méconnaît et s’identifie à l’universel, se déclare universel. »
Pomme [pas si] Secrète I : avec tous mes détours retours, je n’ai pas pu vous parler de la faute d’Adam. Oui, c’est un fait attesté par Milad, c’est Adam qui a commis la faute, pas Ève ! Donc, mes petits, dépendamment de vos commentaires, on verra si cette note appelle une suite. Faut dire que ce serait une sacrée histoire. En attendant, je vous offre une gâterie (c’est bizarre que le verbe gâter ait perdu son sens premier - altérer, avarier, corrompre - en devenant nom, mais je vous aurai averti…) :
Pomme [pas si] Secrète II : j’ai repris l’édition de cette note sous un titre différent, pour au moins deux raisons. Le premier titre était Très Naze comme de chez Très Naze, m’étant laissée emporter par la fantaisie au gré des mots comme il m’arrive quand je ne laisse pas reposer l’écrit avant sa publication ; par ailleurs, et quitte à me répéter, il est vrai que je trouve la lecture de l’ouvrage de Miladus exigeante, mais le plaisir que j’y trouve s’en trouve accru d’autant. Avouons qu’on aime mieux que ce soit lui qui ait fait le boulot pour nous que l’inverse…
nah, je blague encore. En réalité, pour qui a déjà été très préoccupé, voire tourmenté, par les questions de nos origines, de la foi, etc., mais aussi surtout pour qui s’est frappé au mur des contradictions ou des ambiguïtés inhérentes au discours religieux chrétien, voire juif en certains termes, il y a une profonde satisfaction à éprouver à lire cet ouvrage de Milad Doueihi. L’ampleur de son travail est incontestablement le fruit de nombreuses années de travail et de réflexion acharnée et nous est donnée comme une invitation à gravir pas à pas les monts et montagnes de la connaissance jusqu’à l’accès à une vue haute, par l’entremise de la justesse et de l’attention de son regard. Si, parfois, on ne mesure pas le bénéfice qu’on pourrait en tirer, je vous dirai que c’est au retour dans la plaine - la routine du quotidien, de fait - que l’on constate que nos propres mouvements sont plus dégagés, plus libres, échappant plus aisément à qui voudrait les contraindre. L’acquisition de savoir(s) délivre de voir son Temps confisqué (”temps de cerveau” inclus, et pour tout un chacun, pas qu’en France)…




Les commentaires qui démangent mon clavier ne sont pas du tout espiègles…
Well, Marie-Danielle, on imagine que le texte de Miladus d’où est extrait vo(s)tre citation définit un contexte ?
Comment erre Jean-Balthazar — 09/01/2008 @ 3:41 pm
Mais oui, très certainement. Mais vous faudra le lire pour en prendre connaissance (je ne fais pas ma mauvaise tête, tout simplement j’ai déjà dit que son ouvrage est une exigeante lecture, alors je ne saurais le résumer, d’autant que ma lecture reste inachevée). J’ai avisé que je prenais une voie transversale, itou.
Mais, espiègles ou pas, j’ai très envie de les lire, vos commentaires. Faut surtout pas vous gêner, et je devine un peu où vous pourriez vous rendre. Ce que je peux ajouter, c’est que Milad déconstruit, à la suite - ou à partir - de quelques autres (Spinoza et Leibniz, par ex.), le montage du discours chrétien en faisant la démonstration d’erreurs d’interprétations des écrits bibliques. N’étant qu’une souris, je goûte le fromage par petits morceaux. Une chose est sûre, mais pas le lait
. C’est pas du cottage non plus. Plutôt au lait crû. Vieilli à point. Milad pratique aussi le “Magritte” : « La véritable nature de Dieu est tout simplement absente de tout récit historique, de toute narration de la Bible et des autres textes prophétiques. »
Il est non seulement possible que je ne rende pas la pensée de Milad, mais que je la déforme en extrayant une infirme partie du contenu de son livre, mais je ne me présente pas comme une autorité en cette matière et puis je trouve en ma manière de faire le moyen d’articuler une intégration de sa lecture et, espérons-le, un départage de ce qui constitue le corps de la pensée exprimée là et ce que ça produit comme entrechoquements avec mes idées ou celles qui circulent plus ou moins clairement en toile de fond de notre monde et qui nous influencent.
À vous, go !
Comment erre Marie Danielle — 09/01/2008 @ 4:37 pm
« La véritable nature de Dieu est tout simplement absente de tout récit historique, de toute narration de la Bible et des autres textes prophétiques. »
Maintenant que vous le dites, c’est vrai, dites-donc !
À part quelques propos paraboliques du Christ dans les évangiles, le Sujet du livre n’est pas défini. (Enfin, pas positivement, en fait.)
* * *
« L’ignorance, fait humain caractéristique du vulgaire, conduit irrémédiablement à une adaptation, à une accommodation de la révélation du divin aux opinions et aux attentes de l’homme et de son milieu. »
Je ne connais —malheureusement— pas les textes de l’auteur. Mais on se croirait là en (plus) hautes terres. C’est à manipuler avec moult précautions. Cela a deux applications traditionnelles (qui me soient connues) :
— C’est un des fondements de la logique coranique qui expose un cycle de révélations, depuis Adam jusqu’à Muhammad, en passant, bien sûr, par les prophètes bibliques… Chacun reprenant la même chose que ses prédécesseurs, mais sous une forme adaptée à l’entendement de son auditoire, sa “communauté”.
— Il est dit qu’au jour de la Résurrection, quand Dieu se montrera à ceux qui seront sauvés (au sens de Salut), ceux-ci ne le reconnaitront pas. Il se re-présentera alors à eux sous la forme qu’ils lui prêtaient, lorsqu’ils éaient en vie. Et là, ils Le “reconnaitront”.
(Là on est dans le religieux hardcore, si vous me permettez l’expression ; aussi je ne m’y étendrais pas, ss’pas ?
Fine mouche que vous êtes, vous devriez entrevoir les possibilités que ça ouvre, mais dans un cadre précis. Si ça vous amuse, alors c’est tant mieux.
Et le travail de Milad serait donc de porter un regard sur nos mythologies à partir de données conceptuelles islamo-philosophique ? Intriguant.)
Comment erre Jean-Balthazar — 09/01/2008 @ 5:19 pm
Si je décèle bien, votre première remarque est ironique, n’est-ce pas. De votre part - c’est-à-dire avisée -, c’est recevable, mais vous admettrez tout aussi bien avec moi que pour tant d’autres qui croient l’être (avisé), c’est là, de la part de Milad, dire quelque chose d’assez osé (sans vouloir lui enlever le crédit, je ne saurais jurer que l’idée lui soit totalement originale, il me semble qu’il “traduit” là des propos antérieurs au sien, mais peut-être les porte-t-il plus loin, oui) aux oreilles de plusieurs, ou alors piqûre de rappel pour d’autres car vous savez comment c’est quand on baigne dedans : parfois on oublie ou ne voit plus.
De toutes manières, je trouve utile de détacher certains propos de leur ensemble, ça permet de prendre leur mesure, comme sur une balance… Donc :
« La véritable nature de Dieu est tout simplement absente de tout récit historique, de toute narration de la Bible et des autres textes prophétiques. »
Erri de Luca suçoterait cela comme le noyau d’une olive…
Kalamata. J’aime les Kalamata. D’autres aussi…
« Pour Spinoza, Adam est le seul responsable de cette dénaturalisation de la nature divine et de la représentation de la figure de Dieu comme un législateur et un prince, c’est-à-dire comme le fondateur et le garant d’une structure politique spécifique (…). »
V’ voyez, cette idée-là existait en moi en négatif. Milad l’a positivée. Phénomène inverse à celui qu’a subi Dieu dans la Bible.
Le Noir sur le Blanc, ça positive. L’inverse itou (c’est pour dire que je vous suis, dans le religieux hardcore…)
Milad étant d’origine libanaise, sa culture là-bas était donc imprégnée des courants chrétiens et musulmans, il est donc plus que possible que son travail y puise. En fait, les citations de ma note découlent de son commentaire du Traité de Spinoza, ce dernier s’adonnant à la démonstration de l’erreur d’Adam qui a ignoré être impuissant à voir Dieu et à l’entendre et, du coup, à le reconnaître.
Effectivement, je me délecte, car c’est pareil au fait d’assister à l’animation de personnages sous nos yeux, alors qu’ils avaient déjà passé tant de temps sous notre nez inertes en leur état. Et je ne crois pas différer de quiconque face à un pareil phénomène, ce qui s’apparente à l’histoire du développement de l’art cinématographique : d’abord, la photographie, puis la découverte de l’effet animé en en faisant défiler un certain nombre + ou - rapidement devant soi; ensuite, le cinéma muet et parlant, jusqu’à ce qu’on connaît à notre époque. I mean, pour faire bouger les idées et les images qui se sont figées dans nos esprits, il faut laisser du temps au temps. Ça peut éviter de produire des navets, par ailleurs.
Étendez-vous à votre guise, dear. As you wish…
Comment erre Marie Danielle — 09/01/2008 @ 5:53 pm
Oh ! L’ironie de ma première remarque, voyez-vous, se borne à trouver un soudain accent bouddhiste (le Vide…) aux textes sémitiques. Ce qui n’est pas sans me déplaire. Un autre de mes noyaux d’olive à moi.
Sur la qualité du Législateur, je ne suivrais pas forcément Spinoza. C’est que, n’est-ce pas, Dieu délègue à Adam la gestion du Jardin, (Adam est le khalif, le lieu-tenant), mais l’on ne délègue que ce l’on a.
Remarquez, l’on n’a pas forcément que ça, hein ?
Comment erre Jean-Balthazar — 09/01/2008 @ 6:38 pm
Ah bien,quelque chose se passe, y a des voiles qui flottent un peu dans l’air avant de se déposer aux pieds de… aux pieds du… (indiquez votre préférence).
Vous, ne suivez pas Spinoza forcément. Moi, ne suis personne (quel verbe ?).
C’est-à-dire que, le récit de la Genèse, il a été écrit par un homme. Que les grandes religions considèrent les Livres comme saints, je le comprends, mais le fait demeure qu’ils ont tous été écrits par des hommes. Ainsi se télescopent et l’interprétation d’Adam, et la narration de celui qui a écrit la Genèse. Cherchez l’erreur…
Comment erre Marie Danielle — 09/01/2008 @ 7:00 pm
“ils ont tous été écrits par des hommes”
Oui, mais… quels hommes ?
(Qui parle ?, tout ça…)
Comment erre Jean-Balthazar — 09/01/2008 @ 8:33 pm
Oui, oui, je sais, des “élus”, ou des “inspirés”… Bah oui mais, vous avez un outil scientifique qui mesure la réalité de ce statut ou le degré d’inspiration divine, vous ? Et pis, tenez, hier encore, B16 qui dit que les limbes n’existent pas, mmm ? Et les traductions de la Bible qui diffèrent, au fil du temps : laquelle est la bonne, mmm (oui pasque, pourquoi ce serait forcément la plus récente ?)
Nah, moi depuis que j’ai vu “Les dieux sont tombés sur la tête”, j’ai plus besoin des Livres saints. Que Dieu existe ou pas, c’est pas dans ces Livres qu’il se trouve, s’il se trouve. C’est dans la bouteille de Coke. Vide, quand même.
Hé hé.
Mais les mêmes questions se posent aussi, par devers vous, hein ? Oui, oui (Qui parle ?, tout ça…). (J’espère que vous avez bien senti tous les poutous que je vous ai faits, à travers mes réponses, sinon faudrait me le dire hein, je me fatiguerais moins…
)
Comment erre Marie Danielle — 09/01/2008 @ 9:54 pm
“C’est dans la bouteille de Coke. Vide, quand même.”
Peut-être avez-vous du nez ?
Qui sait ?
Comment erre Jean-Balthazar — 10/01/2008 @ 4:04 am
Who nose ??
Comment erre Marie Danielle — 10/01/2008 @ 4:16 am