Cette soirée d’élections québécoises passera à l’histoire pour diverses raisons, dont deux que j’aimerais évoquer. La première : elle marque la fin du bipartisme dans lequel s’enlisait la province depuis fort longtemps. En permettant au parti de l’Action Démocratique du Québec (ADQ) non seulement d’être reconnu comme tiers parti, mais en allant jusqu’à en faire le parti de l’opposition officielle. L’avenir nous dira s’il s’agira d’un changement définitif, ou d’une suspension, d’une trêve dans la guerre du pouvoir à laquelle étaient seuls à se livrer ces deux partis établis de longue date, que sont le Parti Libéral (PLQ) et le Parti Québécois (PQ). Par ailleurs, avec un chef de parti et de gouvernement ayant passé proche de ne pas être réélu, le PLQ devra refaire ses classes, mais le PQ aussi dont ni son nouveau chef, ni la cause de l’Indépendance n’auront su opérer les transmutations qu”il leur aurait fallues.

Mais le second motif m’apparaît encore plus captivant : il se compose de toutes les opportunités de changements que cette élection d’un gouvernement minoritaire offrira. Pour le meilleur, ou pour le pire?

Un premier pied-de nez : les Québécois en ont marre de la langue de bois que nous ont trop souvent servi Jean Charest (PLQ - 33% des votes pour 48 élus) et André Boisclair (PQ - 28% des votes pour 36 élus). À un tel point qu’environ le tiers d’entre eux leur ont préféré une langue ne craignant pas de pécher à répétition par sa démagogie outrancière. En élisant Mario Dumont (ADQ - 31% des votes pour 41 élus) avec un très faible écart dans le nombre de votes qu’ont obtenu les trois partis, le plaçant à mi-chemin entre les deux : juste un peu moins que le PLQ et un peu plus que le PQ, tout le monde se retrouve peinturé dans le coin. Tout l’monde, j’vous dis. Si, si!!

En effet, que Jean Charest et André Boisclair demeurent en place ou se voient remplacés, les chefs de ces deux partis devront cesser de tenir des discours creux. Mario Dumont, quant à lui, devra rapidement faire la preuve que ses promesses sont réalistes et qu’il n’est pas le seul membre de son parti ayant de l’étoffe, politiquement parlant, sinon la banqueroute ne sera pas longue à s’avérer. Mais les citoyens ne sont pas en reste : avec trois partis chambranlants, les Québécois devront mettre l’épaule à la roue et mettre à l’épreuve les propositions qui leur ont été faites afin de déterminer lesquelles peuvent véritablement passer le test de la réalité. Passer de la frustration à la satisfaction, c’est du gros boulot à abattre pour tout le monde, pas du pelletage de nuages!! Le Québec parviendra-t-il à s’affirmer clairement?

Une bonne nouvelle : les sondages ont eu tout faux, au sens où ils n’ont jamais laissé entendre que pareille montée de l’ADQ pourrait se produire, ni laissé entrevoir la dégringolade des deux autres, sauf pour le désaveu constant du PLQ par les deux-tiers de la population qu’ils reflétaient l’un après l’autre, ce qu’a refusé de voir Jean Charest (PLQ) et ce qui aura contribué à sa perte. Alors les maisons de sondage devraient elles aussi en prendre pour leur rhume, de cette potion que les Québécois ont secrètement concocté pour cette occasion électorale : elle s’élève à combien, leur marge d’erreur, au vu de ces résultats?? Mais, je dis “s’élève”, alors qu’il faudrait dire “se révèle être”. Enfin, moi, tout ce que je dis, c’est que ce serait bien de les voir faire les modestes comme il se doit et ne plus envahir de manière aussi abusive nos espaces, le public et le privé. Qu’ils nous laissent respirer!

On saura mieux dans les prochains jours ou semaines ce qu’impliqueront ces résultats électoraux surprenants, mais on peut tenir pour sûr qu’il y a nécessité de trouver comment réconcilier toutes les régions du Québec. Avec les positionnements distincts que les élections ont produit entre elles et Montréal et ses environs, celle de Montréal ne pourra plus nier en être une au même titre que les autres; ou bien?? On sait que sur le plan international, la tendance favorise souvent les métropoles et les très grandes villes au détriment des périphéries, mais avec la grogne qui règne partout sur le territoire, on ne sait pas quelle orientation le gouvernement saura prendre.

Enfin, avec l’échec du budget fédéral récent présumé pouvoir servir à reconduire un gouvernement libéral fort au provincial, on ne saurait trop dire ce que ça entraînera pour la situation du Premier Ministre Stephen Harper. Lui-même chef d’un gouvernement minoritaire, ces jours sont-ils comptés? Le reste du Canada trouvera-t-il dans les résultats de cette élection québécoise de quoi le féliciter pour avoir éloigné le spectre de l’Indépendance? Sauf qu’on ne sait pas encore si les velléités autonomistes de Mario Dumont et sa hargne contre les accommodements raisonnables menaceront la paix politique du pays, tant sur le plan de l’unité des provinces que sur celui du multiculturalisme culturel.

Les élections 2007 ? Une histoire de minorités en jeu, j’vous dis.