27/03/2007 12:48 am
Élections 2007 : une histoire de minorités
Cette soirée d’élections québécoises passera à l’histoire pour diverses raisons, dont deux que j’aimerais évoquer. La première : elle marque la fin du bipartisme dans lequel s’enlisait la province depuis fort longtemps. En permettant au parti de l’Action Démocratique du Québec (ADQ) non seulement d’être reconnu comme tiers parti, mais en allant jusqu’à en faire le parti de l’opposition officielle. L’avenir nous dira s’il s’agira d’un changement définitif, ou d’une suspension, d’une trêve dans la guerre du pouvoir à laquelle étaient seuls à se livrer ces deux partis établis de longue date, que sont le Parti Libéral (PLQ) et le Parti Québécois (PQ). Par ailleurs, avec un chef de parti et de gouvernement ayant passé proche de ne pas être réélu, le PLQ devra refaire ses classes, mais le PQ aussi dont ni son nouveau chef, ni la cause de l’Indépendance n’auront su opérer les transmutations qu”il leur aurait fallues.
Mais le second motif m’apparaît encore plus captivant : il se compose de toutes les opportunités de changements que cette élection d’un gouvernement minoritaire offrira. Pour le meilleur, ou pour le pire?
Un premier pied-de nez : les Québécois en ont marre de la langue de bois que nous ont trop souvent servi Jean Charest (PLQ - 33% des votes pour 48 élus) et André Boisclair (PQ - 28% des votes pour 36 élus). À un tel point qu’environ le tiers d’entre eux leur ont préféré une langue ne craignant pas de pécher à répétition par sa démagogie outrancière. En élisant Mario Dumont (ADQ - 31% des votes pour 41 élus) avec un très faible écart dans le nombre de votes qu’ont obtenu les trois partis, le plaçant à mi-chemin entre les deux : juste un peu moins que le PLQ et un peu plus que le PQ, tout le monde se retrouve peinturé dans le coin. Tout l’monde, j’vous dis. Si, si!!
En effet, que Jean Charest et André Boisclair demeurent en place ou se voient remplacés, les chefs de ces deux partis devront cesser de tenir des discours creux.
Mario Dumont, quant à lui, devra rapidement faire la preuve que ses promesses sont réalistes et qu’il n’est pas le seul membre de son parti ayant de l’étoffe, politiquement parlant, sinon la banqueroute ne sera pas longue à s’avérer. Mais les citoyens ne sont pas en reste : avec trois partis chambranlants, les Québécois devront mettre l’épaule à la roue et mettre à l’épreuve les propositions qui leur ont été faites afin de déterminer lesquelles peuvent véritablement passer le test de la réalité. Passer de la frustration à la satisfaction, c’est du gros boulot à abattre pour tout le monde, pas du pelletage de nuages!! Le Québec parviendra-t-il à s’affirmer clairement?
Une bonne nouvelle : les sondages ont eu tout faux, au sens où ils n’ont jamais laissé entendre que pareille montée de l’ADQ pourrait se produire, ni laissé entrevoir la dégringolade des deux autres, sauf pour le désaveu constant du PLQ par les deux-tiers de la population qu’ils reflétaient l’un après l’autre, ce qu’a refusé de voir Jean Charest (PLQ) et ce qui aura contribué à sa perte. Alors les maisons de sondage devraient elles aussi en prendre pour leur rhume, de cette potion que les Québécois ont secrètement concocté pour cette occasion électorale : elle s’élève à combien, leur marge d’erreur, au vu de ces résultats?? Mais, je dis “s’élève”, alors qu’il faudrait dire “se révèle être”. Enfin, moi, tout ce que je dis, c’est que ce serait bien de les voir faire les modestes comme il se doit et ne plus envahir de manière aussi abusive nos espaces, le public et le privé. Qu’ils nous laissent respirer!
On saura mieux dans les prochains jours ou semaines ce qu’impliqueront ces résultats électoraux surprenants, mais on peut tenir pour sûr qu’il y a nécessité de trouver comment réconcilier toutes les régions du Québec. Avec les positionnements distincts que les élections ont produit entre elles et Montréal et ses environs, celle de Montréal ne pourra plus nier en être une au même titre que les autres; ou bien?? On sait que sur le plan international, la tendance favorise souvent les métropoles et les très grandes villes au détriment des périphéries, mais avec la grogne qui règne partout sur le territoire, on ne sait pas quelle orientation le gouvernement saura prendre.
Enfin, avec l’échec du budget fédéral récent présumé pouvoir servir à reconduire un gouvernement libéral fort au provincial, on ne saurait trop dire ce que ça entraînera pour la situation du Premier Ministre Stephen Harper. Lui-même chef d’un gouvernement minoritaire, ces jours sont-ils comptés? Le reste du Canada trouvera-t-il dans les résultats de cette élection québécoise de quoi le féliciter pour avoir éloigné le spectre de l’Indépendance? Sauf qu’on ne sait pas encore si les velléités autonomistes de Mario Dumont et sa hargne contre les accommodements raisonnables menaceront la paix politique du pays, tant sur le plan de l’unité des provinces que sur celui du multiculturalisme culturel.
Les élections 2007 ? Une histoire de minorités en jeu, j’vous dis.




À l’heure tardive où j’ai rédigé cette note, j’ai oublié d’évoquer quelque chose qui m’amusait un peu… Je repensais à Pauline Marois et je me disais qu’on avait eu beau lui reprocher d’avoir parlé de turbulences inhérentes aux lendemains d’un référendum souverainiste gagnant, puis reprocher à Boisclair de nier leur probable survenue, on néglige d’envisager que la période actuelle sera - est déjà, et ce, depuis l’élection fédérale - constituée de turbulences. La vision autonomiste de Mario et la réforme du scrutin (en admettant qu’on s’y engage) ne feront rien à l’affaire. Car, enfin, quels pouvoir(s) l’État possède-t-il encore??
Comment erre Marie Danielle — 27/03/2007 @ 10:49 am
Ce qui est sûr, c’est que la démocratie au Québec est en bonne forme
Il s’est produit un chamboulement salutaire de l’échiquier politique. La souveraineté n’est plus à l’ordre du jour, ce qui poussera peut-être nos politiques à s’occuper des vrais problèmes économiques et sociales de la province.
Comment erre Houssein — 27/03/2007 @ 10:50 am
Ah ça oui, la fin de l’enlisement, je m’en réjouis! Mais on a intérêt à être attentif et actif : rien ne nous garantit qu’on n’y reviendra pas, et rien n’assure que, si actuellement tout paraît possible, que ce soit le mieux qui se produise. Et pis, tu saurais définir “le mieux”, toi??
Pas moi. En tout cas, pas pour en faire un programme politique! Enfin, l’époque est trop complexe pour que je sache bien la cerner, parce que notre petite histoire est étroitement liée à celle de la planète. Mais tu vois, on écrivait nos précédents commentaires en même temps, et on disait la même chose sur un point : ’sont assez palpitant, ces résultats d’élections!
Comment erre Marie Danielle — 27/03/2007 @ 10:58 am
Que Philippe soit entendu : on veut des élections à date fixe! Et ainsi que je le disais en commentaire chez lui : “ça brasse sur le plan des minorités, fussent-elles visibles ou invisibles, car elles vont se multipliant. C’est ainsi, quand y a personne et pas un seul programme pour rallier une population…”
(je souhaiterais que cette note serve à retenir un maximum d’idées surgissant de partout, au sujet de ces élections, alors je fais l’inventaire en commentaires)
Comment erre Marie Danielle — 27/03/2007 @ 11:22 am
Tu m’indiques en commentaire que la répartition des sièges de députés obtenus par les trois partis de tête est à peu près proportionnelle au nombre de voix qu’ils ont obtenu. Certes, mais elle fait fi des deux partis qui obtiennent tout de même chacun 4 % des voix. Or, cela attire quelques remarques:
1 - En additionnant les voix du PQ à celle de QS, on obtient 32% des votes, soit plus que l’ADQ. Dans un régime à scrutin proportionnel, les deux partis souverainistes auraient pu légitimement s’allier pour constituer l’opposition officielle.
2 - Cette situation aurait obligé le PQ à ancrer ses positions législatives plus à gauche, sans pour autant renier ses idées ni phagocyter l’électorat de QS. Ce serait pas mal plus sain que les luttes à finir actuelles.
3 - Les Verts, qui sont ni souverainistes, ni autonomistes, ni fédéralistes, mais “planétaristes” (planétarisques?:-) pourraient avoir une voie et influer de façon plus significative sur la vie politique de la nation. Ils pourraient ainsi acquérir l’expérience et la crédibilité qui leur manquait cette fois-ci.
Comment erre Christian Aubry — 27/03/2007 @ 12:11 pm
“Planétarisques”, c’est bon ça, je retiens!
Tu sais, je ne suis pas contre la réforme du scrutin, bien au contraire, même (voir ce que j’ai écrit chez Philippe : il nous faudrait une formule mixte). Mais je ne suis pas sûre du tout que ce gouvernement minoritaire où les trois partis principaux sont à presque égalité des forces voudra la faire, cette réforme. Je serais très en faveur de voir des représentants des partis non élus, en fonction du pourcentage de votes obtenus (comme j’aurais voulu que les médias innovent en incluant tous les chefs pour le débat).
Ce que je dis, c’est que ces trois partis vont devoir jouer du coude et que, nécessairement, ils devront prêter l’oreille à ces 8% d’électeurs et aux représentants de ces partis. Ils vont devoir le faire, réforme de scrutin ou pas. Même que, et tu sauras me le dire dans l’avenir, ton argument (le ralliement des deux partis souverainistes pour constituer l’opposition officielle) pourrait justement nuire à l’avènement de cette réforme : le PLQ et l’ADQ ne voudront pas ça! Quant aux Verts, tout le monde leur pique leurs idées. Mais qui leur donnera suite? On peut voir le pire et le meilleur se produire, avec ce gouvernement minoritaire, et on est susceptible de le voir s’enliser dans l’immobilisme le plus total, à moins que ne se lève un leader avec une vraie vision et du courage politique qui sache rallier la population. Mais vers quoi? Et qui cela pourrait-il être?? Christian, mon Christian, que vois-tu venir??
À part le rouleau-compresseur des entreprises multimilliardaires, I mean.
Comment erre Marie Danielle — 27/03/2007 @ 12:49 pm
Le Quebec sera-t-il moins indépendentiste? Sera-t-il plus libéral?
Qu’est ce que cette éléction veut bien dire? Que changera-t-elle? De loin on ne comprend pas.
Comment erre Groucho — 28/03/2007 @ 10:44 am
Bien malin qui saurait répondre à toutes vos questions, Groucho! En commentaire ailleurs, je disais ceci :
“Si ça se trouve, ça pourrait même être la fin des trois chefs actuels : Charest, parce qu’il n’a pas livré la marchandise, va probablement y passer; Boisclair, parce qu’il n’a pas su, ou pu, faire progresser ni son parti ni l’option de la souveraineté depuis son élection comme chef du PQ, et Dumont… ben, Dumont, son option autonomiste ne tient pas la route (Bourassa en a déjà fait la preuve dans le passé) et il n’a pas d’équipe solide, et sa démagogie va commencer à montrer les énormes failles qu’elle recelait.”
L’affaire, c’est que chacun de ces trois principaux partis du moment va avoir à se prouver meilleur que l’autre, aux citoyens que nous sommes. Ça exigera du PQ et du PLQ un renouvellement réel, sinon ç’en sera fait d’eux; quant à l’ADQ, lui, doit montrer ce qu’il a dans le ventre, parce qu’il n’était qu’un détail dans la tapisserie, auparavant.
Certains affirment que, avec cette élection, la cause de l’Indépendance est morte, qu’elle n’aurait été qu’un fait de génération. J’en suis pas convaincue, parce que l’air du temps est celui du questionnement sur les identités et qu’on assiste à leur entrechoquement partout dans le monde. Mais aussi, cette montée en flèche de l’ADQ qui a fait de lui le parti de l’opposition officielle, elle est en partie l’expression d’une volonté “autonomiste” (ainsi que la qualifie son chef) de la part de la population, et que cette voie-là, l’ex-Premier Ministre Bourassa l’avait empruntée avant lui, sans succès. Mais il semble qu’on ait besoin de vérifier une 2e fois que c’est un cul-de-sac.
Pour le reste, vous avez vu comme moi que le gouvernement minoritaire que dirige Art-Peur ne l’a pas empêché d’allouer 15 milliards à la défense militaire, alors je considère que le pire et le meilleur sont susceptibles de se produire au provincial. À la différence que la population est plus proche du gouvernement, géographiquement parlant.
Comment erre Marie Danielle — 28/03/2007 @ 11:43 am
Imaginant la diva troublée sur le toit de la tour Montparnasse parlant de ses problèmes de toit je me dis je ne connais rien des désastres de toi et ma vie est seulement limitée pour vivre des petits bouts de choses tranquilles et réservées? disons, au cinquième de la tour Montparnasse? Oh? Désolé, je ne peux faire ça? Je suis dans un état mental impossiblement impossible? Elle? Elle ne peut être là? Positivement sûr? Ou c’est moi ?
Comment erre murcia — 29/03/2007 @ 7:13 am
“Boire, vivre, mourir”, Murcia, c’est votre programme politique? Un peu… désastreux, je dois avouer. Sur le plan politique, j’veux dire, sinon, poétiquement parlant, vous aurez des disciples. Enfin, vous devriez veiller à ne pas publier en trois copies, sur votre blog : il faut vous montrer inventif pour chaque note!
Comment erre Marie Danielle — 29/03/2007 @ 9:09 am
murcia se conduit comme un troll éthylique, Maridan. Il a aussi sévi sur mon blogue, mais je l’ai flushé dans la toilette.
Que vois-je venir? Bof, pas grand-chose, à vrai dire. Pas mal de problèmes éco(nomie)logiques, ça c’est sûr, mais au plan politique, je me méfie des boules de cristal. Ceci dit, cela fait 20 ans que je ne demande pas la citoyenneté canadienne dans l’attente de la déclaration de souveraineté et j’ai l’impression que je vais devoir attendre encore a moins 20 ans.
Voyons les choses en face : l’appui à la souveraineté n’a jamais emporté l’adhésion d’une masse critique de québécois. Or, sans un appui massif, et quel que soit la question ou les subtilités de la loi référendaire, la souveraineté n’est qu’un leurre et/ou un jeu très dangereux.
De plus, la percée de l’ADQ confirme cette analyse que la bipolarisation pouvait masquer aux yeux de ceux qui ne veulent pas voir : la souveraineté à tout prix ne récolte que moins d’un tiers du vote populaire.
Franchement, je vois mal l’avenir de la souveraineté. Je vais peut-être enfin me décider à demander ma citoyenneté sans le sentiment de devoir me parjurer au prochain référendum…
Ami Calmant. C.A.
Comment erre Christian Aubry — 31/03/2007 @ 1:47 am
Pardon pour les co(q)uilles. J’ai un bras dans le plâtre et il est tard
Comment erre Christian Aubry — 31/03/2007 @ 1:48 am
Salut Christian! Où es-tu allé te fourrer le bras, pour l’avoir maintenant dans le plâtre, hein, mauvais garçon??
‘Scuse, j’veux pas nuire à ta réputation, alors je m’amende aussitôt : nous gagnerions à t’avoir en tant que citoyen, si non québécois, alors canadien!
René Lévesque, à l’époque, ne cessait d’en appeler ses députés, ministres et membres de Parti à aller sur le terrain, à aller soit informer et discuter des motifs sur lesquels fonder un pays, mais ça ne se fait pas, de nos jours. Pas suffisamment, en tout cas. Alors je trouve que tu as raison de parler du danger à faire l’indépendance dans un tel contexte. Je compte faire une petite note sur le sujet des résultats électoraux encore, on en recausera!
And take care!
Comment erre Marie Danielle — 31/03/2007 @ 9:15 am