07/03/2007 5:22 pm
Le désespoir n’est pas un crime (manquerait plus que ça!). N’est pas une absolue fatalité non plus.
Sa paraphilie m’est, le plus souvent, terra incognita. Pas aussi étrangers qu’elle, toutefois, les propos qu’elle fait tenir à Ludovic Maubreuil, bien que leur singularité lui soit éminemment propre et ses regards souvent éclairants. J’avais, au moment de la lecture de ses Harmonies Werckmeister chez ce cher Juan Asensio, relevé ce passage qui suivra, pour le placer en exergue durant un moment, en colonne de droite, ainsi que j’aime à le faire lorsque je veux suçoter un peu longuement le noyau d’une olive (nombreux sont ceux qui mériteraient de se trouver là, et qui s’y trouveront éventuellement - ça n’est pas non plus un palmarès !) :
« …renouer avec cette conception antique de l’harmonie véritable,
qui résulte de la coexistence d’entités irréductibles
mais fonctionnant en réseaux. »
Alors hier, arrivant tardivement sur son fil voué au Passé décomposé en citant Ferré et Reggiani, je me suis laissée aller à émettre ce commentaire, en regard de la lecture que je faisais de la note de Ludovic et de l’échange aux airs quasi achevés qu’elle avait suscité, qui mettait en cause bonheur, désespoir, foi, mission du poète, douleur, etc. (retranscription, pour retenir une mienne trace, presque fidèle sauf pour quelques corrections) :
« Un même texte peut désespérer l’un et soutenir l’autre, voire avoir ces effets sur la même personne en des temps différents. Le risque est toujours là de ne pas survivre à une souffrance, c’est pourquoi on la craint. À certains moments plus qu’à d’autres. Empêche-t-elle ceux qui meurent de faim (une personne à toutes les quatres secondes environ) de mourir, la foi dans la vie ?
Ils crèveraient parce qu’ils en ont manqué, peut-être? Ce n’est pas toujours soi qui l’abandonne, la foi, parfois c’est elle qui nous laisse en plan ; ou la vie. Ou les deux. Chercher de toutes nos forces [à s’accrocher au lien avec le vivant], bien sûr, mais, et quand les forces nous abandonnent ? Pour l’un, savoir que ce que l’on vit fait partie de l’expérience de la condition humaine (adjoignez ici le sens que vous lui donnez) peut suffire ; pour un autre, il sera essentiel de le sentir. Parfois, l’un et l’autre seront des moments de vie, plus ou moins longs, d’une même personne en des temps de vie différents. Parfois tout baigne ; souvent la vie suit son cours, plus ou moins mouvementé ; et parfois on coule : tout n’est pas affaire de foi. Tout n’est pas non plus affaire de douleur. Peut-être, voire souvent, est-ce affaire d’insuffisance. Pas seulement présumée ou mal tolérée, mais de réelle insuffisance. Bien sûr, l’indifférence ; bien sûr l’égoïsme ; bien sûr l’inconscience, mais pas que, mais pas qu’eux.
Le bonheur n’est pas toujours un chagrin qui se repose (oui d’accord, parfois [souvent] le chagrin attend en ligne, de tout tout près). Le bonheur n’aurait-il droit d’existence que s’il se montrait total, régnant partout pour tout le monde à la fois ? Qu’il fasse cruellement défaut longtemps, beaucoup, infiniment, cela doit-il agir en tant qu’agent le bannissant et lui interdisant tout droit de séjour ne serait-ce qu’une seconde ?
Goûter une mangue mûrie juste à point, celles d’Haïti ou du Moyen-Orient, en forme de noix d’acajou, pas les rouge et verte - goûter une telle mangue m’est un réel bonheur, nourrit une joie profonde parce qu’elle est Vie dans ce qu’il y a de plus beau. Le bonheur peut être aussi insignifiant
que ça, voire plus encore. Et parfois on a les papilles éteintes. Pareil pour tout ce qui compose - ou décompose - la vie. Parfois on compose avec, bien, moyennement, pas du tout, ou mal ; parfois c’est la vie qui compose avec nous, bien, moyen…, etc. Parfois tout se mêle [s’épouse bien], ou se divorce, ou ne colle simplement pas.
Enfin, il me semble qu’il ne s’agit pas [il me semble que n’est pas - d’abord ou surtout - en cause le bonheur ou la joie] de l’état du poète. Tout le monde n’a jamais été gai qu’épisodiquement. Le bonheur de savoir que la mangue (symbole fondé sur une réalité - remplacez par votre choix - peuvent être multiples - le sont pour moi) existe peut soutenir souterrainement une joie inexpugnable, mais elle n’a pas pour fonction d’annuler tous les motifs sombres, les peines, les douleurs, l’horreur, et ainsi de suite ad nauseam. Cet insignifiant bonheur (toujours selon votre réalité symbolique) sera toujours insuffisant, voire odieux ou obscène, mais pas moins réel. Après ça, nous survivra-t-il ou survivrons-nous avec lui au-delà de notre mort, le noyau de ma mangue ne m’en a pas livré le secret. Si secret il y a.
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(Pomme Secrète : notre passé décomposé peut parfois servir de compost pour un présent recomposé. Ou pas. Y a pas que la mangue. Exercice de liberté. (De foi ?) Avant l’ultime poussière.) »
(Pomme Secrète II : c’est fou ce qu’on peut découvrir, en quête d’images. Et alors, ce que chacun peut leur faire dire !! Yf you get my drift ?!?)
—> N’omettez pas de cliquer sur les images pour découvrir les sites d’où elles proviennent.



Quelle jolie note, Sandy
Comment erre corine — 08/03/2007 @ 8:31 pm
Wooooaaah! Corine, Miss Pig Picture en personne, c’est trop d’honneur!
Ce sont les images qui vous ont plus, c’est ça?
J’esse pis aigle.
Enfin, je suis certaine que vous avez su lire entre les lignes. Et sur les photos itou. La dernière, surtout…?
Comment erre Marie Danielle — 08/03/2007 @ 8:43 pm
Pour une jolie note, c’est une jolie note.
Une p’tite grenade pour le dessert ?
Comment erre Jean-Balthazar — 10/03/2007 @ 5:02 am
Une note qui contient tout un monde.
Dommage que je ne peux vous le montrer, mais l’intérieur du livret du CD The Red Shoes qui se dépliait en un grand poster et qui était à lui seul une orgie pour l’œil où divers fruits de la passion (y compris les huîtres) avaient été photographiés, les clichés se répétant. Très sensuel. Merci pour votre Vie sanguine.
Comment erre Marie Danielle — 10/03/2007 @ 9:41 am
C’est vrai que c’est une jolie note, Marie-Danielle. Je l’ai relue plusieurs fois, tellement j’ai voulu m’en imprégner.
….”le risque est toujours là de ne pas survivre à une souffrance….”
….”Souvent la vie suit son cours plus ou moins mouvementé; et parfois on coule…..”
….”le bonheur n’est pas toujours un chagrin qui se repose…”
- Le bonheur est inséparable, du malheur. L’un est complémentaire de l’autre. C’est un couple d’opposés. Triompher du malheur induit à une accessibilité au bonheur.
- On peut penser que le bonheur n’est pas un évènement, c’est une aptitude…
- Surtout ne pas croire à cette théorie fumeuse qui prétend que tant qu’on est en train de couler, il ne faut rien tenter et attendre de toucher le fond pour donner ce petit coup de talon salutaire, qui, seul, permet de remonter à la surface.
- Dans le désespoir, nos certitudes ne tiennent jamais debout. Un jour on voudrait mourir et le lendemain on réalise qu’il suffisait de descendre quelques marches pour trouver le commutateur et y voir un peu plus clair.
De là à nous poser la question de savoir si le bonheur nous survivra ou si nous survivrons avec lui au delà de la mort ? on s’en fiche, puisque “on ne réfléchit pas lorsqu’on est heureux”.
Comment erre sophie — 10/03/2007 @ 5:34 pm
Sophie, survivante des terres minées (entendre également : déterminée), je vous salue! Trop tard pour discuter plus avant - non que cela s’impose, mais l’intérêt y serait -, alors je le dis parce que, à 1h du mat’, après une soirée bien remplie de poésie, de musique, de danse et de pop art, suis plutôt en état de surfer un peu avant le dodo. Et je crains ne pas avoir beaucoup de temps demain non plus, excepté pour une ou deux pirouettes peut-être…
Comment erre Marie Danielle — 11/03/2007 @ 1:07 am
Pas de souci Marie Danielle, je préfère vous savoir en “goguette”…cela va vous permettre de continuer à électriser notre quotidien, car vous nous raconterez n’est-ce pas????
J’ai vu le film (video) de Jérôme Prieur “René Char, nom de guerre Alexandre”. Super !!!
Le film , très subtil, restitue les années d’engagement et de courage de R.Char et donne bien le sentiment de l’ardeur de celui-ci. Je pense que vous aimerez également et que nous aurons l’occasion d’en parler.
Pouvez-vous m’indiquer l’auteur de la biographie de RC que vous avez lue ?
Oublié de dire à JB que sa grenade est un plaisir des yeux. Ah! saveur de ce fruit et senteur du jasmin, reminiscences de ma Tunisie natale…Merci JB.
Comment erre sophie — 11/03/2007 @ 6:59 am
La bio est de Laurent Greilsamer; il y en aurait d’autres? Le film fut pour moi un supplément très touchant à ma lecture de cette bio, au sens où il m’a permis de voir des images bien concrètes là où je m’en étais faites (aisément, car la bio de LG nous rend remarquablement bien René Char). + à dire, bien sûr, mais une autre fois.
Oui, vous reparlerai des trésors vus au cours de ce festival. Hier, soirée formidable. En ai en après-midi, aujourd’hui, alors je dois me bouger! Bises.
Comment erre Marie Danielle — 11/03/2007 @ 12:35 pm