Il y a une fraîcheur bien éprouvée, dans son ton. Un peu étonnant, chez qui fait profession de gestion de contrats, non ? Oui mais voilà, lui les qualifie de cœur de la chaudière. Un cœur qui, on s’en doute, doit susciter d’âpres luttes, car d’immenses profits peuvent parfois être en jeu, pour l’une ou l’autre partie. Et puis on se dit qu’il faut bien soi-même être au moins un peu artiste pour parler poétiquement de sa fonction, après environ un quart de siècle d’exercice dans un milieu que l’on sait féroce. C’est une hallucination olfactive ou quoi, cette impression d’avoir respiré une odeur d’honnêteté en écoutant l’agent littéraire et artistique François-Marie Samuelson, à l’émission MASSE CRITIQUE / Le magazine des industries culturelles, sur radio France Culture ??


     Non, ce qui nous titille la narine, ce n’est pas qu’il ait déclaré que, de fait, l’honnêteté serait l’Alpha et l’Omega de son travail, bien que ce doit être fort appréciable si tel est le cas. Tout de même, l’homme ne travaille pas pour des cacahuètes : 10% de commission (selon la règle du code du travail concernant les comédiens, les contrats de travail fonctionnant par dérogations au monopole de l’État, en France) sur les revenus générés pour chacune des productions des artistes dont il aura négocié le contrat. S’il s’agit d’un Michel Houellebecq ou d’une Carole Bouquet, on doit occasionnellement sabler le champagne, j’imagine ! On apprend toutefois que, là où Samuelson demande 10 %, d’autres en exigent 15 ou 20, voire plus, car il n’y a pas de plafond…

     N’est certainement pas pour nous déplaire cette réponse qu’il fait à la question demandant à quoi sert un agent : « fondamentalement, c’est un compagnon de route qui suit un chemin à côté d’un artiste et qui l’assiste quand il doute, le soutient quand il est en difficulté, et aussi et surtout parce que sa fonction première est de le débarrasser d’un certain nombre de problèmes pratiques, administratifs, juridiques, commerciaux : toutes choses auxquelles tout écrivain ou artiste est confronté. » Et auxquelles ledit artiste ou auteur ne pourrait s’adonner durant son travail, précise-t-il en mentionnant, pour qui ne connaît pas les arcanes du métier, l’exemple d’une Juliette Binoche dont le téléphone ne sonnerait pas en permanence et qui se trouvera très prise durant un tournage s’étendant sur plusieurs mois.

     Justifiant son recours à un agent littéraire, l’auteur des Bienveillantes et récipiendaire du Goncourt 2006, Jonathan Littell, a déclaré très clairement, l’an dernier : en France, toute la chaîne du livre en vit, sauf l’écrivain. Eh, pas qu’en France ! Pourtant, sur le forum de l’Union des écrivains québécois (UNEQ), on peut lire - mais cela date de deux ans - : « Je vous suggère de ne pas penser à un agent littéraire. Ça n’est pas la mode au Québec. ». François-Marie Samuelson, lui, souligne qu’à l’heure des grands consortiums (une réalité observée internationalement, ajoute-je), artistes et écrivains ont plus que jamais besoin de quelqu’un pour défendre leurs droits et pour obtenir juste rémunération. Et là où cela nous ravit, c’est lorsqu’il rappelle, finement, avec l’esprit vif que l’on devine enjoué et passionné dont il aura fait montre du début à la fin que, sans les artistes et sans les écrivains, le reste de la chaîne de production serait inexistant…

     Deux bémols, malgré tout, le premier valant d’être formulé sous forme interrogative : s’en tient-il uniquement à la promotion et au soutien de stars déjà établies ? (Soupirs$…) Et le second, manifestation d’une inévitable réserve à son égard : François-Marie Samuelson ne lirait pas les blogs. Ah bon ? Zut.

     Ah et pis un troisième : il a laissé entendre que la poésie, hein, ce n’était pas un cheval de bataille qu’il serait porté à enfourcher… (again, Soupirs$…)

     Pourquoi, pour ma note, ce titre de “Agent alchimiste“, vous demandez-vous encore ? Mais, parce que François-Marie Samuelson a dit, de sa [belle ;-) ] voix de basse, que son métier était de transformer l’encre en or.

     Je vous dis donc adieu, tous : je ne me consacrerai plus désormais qu’à l’écriture d’un roman. Si doléances vous deviez avoir par devers mon absence, adressez-les à Monsieur Samuelson !

 
(Les 2e et 3e photographies sont de Henri Zerdoun.)