Non que ne soient pas traités du ton sobre, juste et efficace qui sied au vrai documentaire - plutôt que celui, plus vulgaire parce que souvent si démagogique, du film de propagande - les risques élevés qu’encoure ou que prend Louise Arbour, la Haut-Commissaire des droits de l’Homme à l’ONU, à travers les assignations auxquelles cette fonction la mène, et le pressentiment de la détermination et de la haute moralité par là exigées ; non plus que l’on ne porte avec soin à notre attention l’ampleur des tragédies que connaissent en particulier les populations du Darfour et de l’Ouganda du Nord (depuis vingt ans, dans ce second cas!!), mais de ce documentaire Sur la ligne de tir  présenté ce soir à Zone Libre, un élément a singulièrement frappé mon esprit : l’établissement des droits humains est un fait occidental, et leur reconnaissance ne couvre pas l’étendue de la planète…


     Non, non, on ne tombe pas des nues, nous n’ignorons pas qu’ils sont quotidiennement bafoués un peu partout, dont chez nous, ainsi que par ceux-là même qui ont vu à leur échafaudage, nos voisins du Sud, les États-Unis. Non, c’est la mention de cette expression qu’on nous rapporte avoir émané de la bouche même de l’ex-Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, M. Boutros Boutros-Ghali qui, sauf erreur de ma part (n’ayant pas aussitôt noté tel quel ce qu’on en rapportait), aurait un jour rappelé le fait de l’occidentalité de ce concept des droits individuels, soulignant qu’il était pratiquement inexistant dans les diverses cultures orientales, ce qui explique que tout ne lui soit pas assujetti. Si cela a tant frappé mon esprit, c’est que mon regard s’est trouvé dès lors transporté en terres inconnues : si ces notions de droit étaient totalement inexistantes avant la mise sur pied de la première Assemblée de la Société des Nations (SDN), et si tous n’y ont pas adhéré également, quelles sont donc les visions propres et actuelles du monde de ceux-là d’entre eux? Car, du coup, il apparaît pratiquement  faux de les accuser de contrevenir à ce à quoi ils n’auraient jamais adhéré, et surgit dès lors l’interrogation de la légitimité de l’imposition de l’exercice dudit droit.

     À nouveau, précisons que la réalité des dictatures et de régimes despotiques à des degrés divers ne nous est d’évidence pas étrangère. Mais, à mes yeux, il me semble que cela rend plus tangible que déjà la nécessité de la mesure à prendre de l’écart entre les systèmes de pensée qui nous régissent mutuellement et intimement, et des intérêts qui les motivent. Par devers les ardents défenseurs du droit international, telle que leur digne représentante Louise Arbour, l’on entraperçoit la haute voltige à laquelle ils ont à s’astreindre. Qui nierait qu’elle leur sera d’autant moins coûteuse que nous saurons ne pas faire l’économie de l’assomption de notre responsabilité individuelle? À ce qu’on sache, le respect de la vie n’est pas sacré seulement pour ceux dont c’est l’emploi de voir à sa mise en application à grande échelle… naît ce pas?