Suis passée à la bibliothèque aujourd’hui, ayant épuisé le maximum des renouvellements possibles de mes emprunts et atteint leur date d’échéance. M’étais d’abord promis de ne rien emprunter, ma table de lecture étant déjà couverte de nombreux trésors. Oui, mais. Oui, mais, je rageais d’avoir égaré ce beau vers de Louis Émié, et m’ennuyais des tableaux de Kolia, et puis, et puis, et puis…
     
     Alors, une note contenant toutes ces perles ayant paru ici au fil du temps, en exergue, dans leur espace réservé, à droite. Trop heureuse de l’avoir retrouvé donc, je débute par celui d’Émié, extrait de Le nom du feu (mais cité par Gaston Bachelard dans La flamme d’une chandelle, là où je l’ai lu). Une S P L E N D E U R !

«Ma solitude est déjà prête
À brûler qui la brûlera.»


     

«Et ils changèrent en arts de la mort
Tous les arts de la vie.
Le sablier, trop simple de façon,
Comparable
À ce que le laboureur fabrique,
Fut méprisé,
Et la roue hydraulique
Qui monte l’eau des Citernes,
Brisée et mise au feu.
Parce que l’ouvrage ressemblait
À celui du berger,
Et, à la place, ils inventèrent
Des rouages compliqués,
Des roues agencées à des roues
Pour dérouter la jeunesse
Dans leur fonctionnement
Et lier à des tâches jour et nuit
Les myriades de l’Éternité,
Afin qu’elles liment
Et polissent l’airain et le fer
Heure après heure, pénible tâche,
Maintenues dans l’ignorance
De leur usage,
Afin qu’elles passent
Les jours de la sagesse
À besogner péniblement
Pour une maigre pitance de pain,
Et que, ne voyant qu’une partie,
Elles croient que c’est le Tout.»
     
William Blake
Vala ou les quatre vivants

« C’est un drôle d’enfant
C’est un oiseau
Il n’est plus là
     
Il s’agit de le trouver
De le chercher
Quand il est là
     
Il s’agit de ne pas
lui faire peur
C’est un oiseau
C’est un colimaçon.
     
Il ne regarde
que pour vous embrasser
Autrement il ne sait pas
quoi faire avec ses yeux
Où les poser
Il les tracasse
comme un paysan sa casquette
     
Il lui faut aller vers vous
Et quand il s’arrête
Et s’il arrive
Il n’est plus là
     
Alors il faut le voir venir
Et l’aimer
durant son voyage.»
     
Saint-Denys-Garneau
Portrait

«Mourir,
c’est passer à travers le chas de l’aiguille après de multiples feuillaisons.
Il faut aller à travers la mort pour émerger devant la vie,
dans l’état de modestie souveraine.»

     
René Char, La nuit talismanique
     

«I don’t want power.
I just object to idiots
having power over me.»
     
Cordelia Vorkosigan

     

« Rien
ne sert
de
discourir,
il faut
Vagir
à point. »
     
Moi-même ;-)

     

LA MAIN DE LACENAIRE
     
«Les mondes éloquents
ont été perdus. »
     
René Char
in
L’ACTION de la JUSTICE EST ÉTEINTE

     

«Une seule misère suffit à condamner une société.
Il suffit qu’un seul homme soit tenu
ou sciemment laissé dans la misère
pour que le pacte civique tout entier soit nul.
Aussi longtemps qu’il y a un homme dehors,
la porte qui lui est fermée au nez
ferme une cité d’injustice et de haine.»

     
Charles Péguy
(1873-1914)

     

«Un puits,
quand on ne vient plus
lui demander son eau,
meurt de peine.»
     
René Char
in Rencontres avec René Char,
de Jean Pénard

     

«Il faut parfois que les désirs donnent l’unité suprême…»
     
Nicolas de Staël, 1953

«Un homme sans défaut
est une montagne
sans crevasses.
Il ne m’intéresse pas.»
     
(Règle de sourcier et d’inquiet)
     
René Char in Feuillets d’Hypnos

     

«Ils vont éclore
d’un gros œuf de nuage
Au nid de myosotis du ciel.»

     
Pierre Guéguen

     

« J’allais,
je me perdais.
Et les mots
trouvaient mal
leur voie
dans le terrible silence.
— Aux mots
patients et
sauveurs. »
     
Yves Bonnefoy
in Dévotion

     

«No hay caminos :
hay que caminar. »
     
Inscription sur le mur d’un monastère, en Espagne
(relevée chez Stalker)

     

«…renouer
avec cette conception antique
de l’harmonie véritable,
qui résulte
de la coexistence
d’entités irréductibles
mais fonctionnant en réseaux.»
     
Ludovic Maubreuil,
à propos de Les Harmonies Werckmeister

     

«Cette capacité d’accès à “l’info en temps réel”
ne nous tient devant nos écrans
que par de lointaines réminiscences
de nos désirs d’ubiquité et d’omniscience.»

     
Pablo,
Revenons à nos moutons

     

«Il n’y a de laid dans l’art
que ce qui est sans caractère.»
«Le caractère,
c’est la vérité intense
d’un spectacle naturel quelconque,
beau ou laid.»
     
Auguste Rodin

     

«Être léger, visiblement,
c’est opposer la grâce
à la mauvaise humeur.
C’est inquiéter
les hypocrites.
C’est démasquer
les imposteurs.
C’est confondre
les méchants.
Être léger,
c’est un luxe,
un des seuls
qui nous restent.
Cultivons-le…»
     
Sacha Guitry

«Esuries satiata,
satietas esuriens.»
     
Giordano Bruno
in
Des Fureurs Héroïques