Oui, mais non, le Trio Joubran n’est pas un sextuor au sens strict du terme. Toutefois, apprenant de la bouche même de Samir Joubran que c’est son frère Wissam qui avait fabriqué leurs ouds et qu’ils étaient donc six frères sur scène et non trois… Et c’est précisément ce qu’on observe, en les regardant jouer, ce corps à corps avec leur instrument qui engendre une musique inspirée, émaillée à l’occasion - à l’exception de deux chansons - d’une exclamation d’un joueur exprimant la jouissance du moment et dont l’effet est contagieux…

     La salle du Kola Note était presque pleine : tant pis pour ceux qui ont raté cette rareté! Il est vrai que la vague de gros froid sévissant cette dernière semaine incite plutôt au cocooning. Samir nous priera d’ailleurs d’être invité à l’été, une prochaine fois, le sort ayant voulu qu’on ne l’ait jamais convié qu’en février jusqu’ici… Organisée en collaboration avec l’Aide médicale pour la Palestine, une partie des bénéfices de cette soirée lui est donc octroyée pour soutenir sa mission. Car les frères Joubran sont Palestiniens. Et cet Art du oud dont ils sont des virtuoses est l’une des multiples expressions de cette riche culture plus que millénaire. La Beauté n’a pas attendu le Nouveau Monde pour naître, on l’ignore ou l’oublie trop.

     L’auditoire a écouté les premières pièces dans un silence dont on n’aurait su dire s’il était de retenue ou de dévotion, brisé seulement par les applaudissements. Jusqu’au moment où Samir nous invita à chantonner avec lui la pièce traditionnelle, Lama Bada Yatathna. Une douceur, menée par sa belle voix grave. Aîné et leader du groupe, il en a également été le seul porte-voix, effacé devant la musique, et charmant dans ses interventions. Ainsi nous avait-il raconté d’entrée de jeu avoir craint de ne pouvoir s’adresser correctement à nous en français, inquiet non de sa prestation (espiègle, va!) mais de ne pas avoir su retenir la seule phrase maintes fois répétée en coulisses. Plus tard, un spectateur lancera un “Parlez en français, s’il vous plaît!”. Aussi désirable cela peut-il être, il faut savoir que la Palestine fut sous protectorat britannique : qu’ils ne maîtrisent pas le français, on ne saurait leur en tenir rigueur, contrairement peut-être à ceux qui ont choisi le Québec comme leur terre d’adoption… Et puis chut! quoi, on n’a pas envie de voir troublée l’heure de la communion à travers un langage universel; il s’agit de laisser venir un peu d’Orient jusqu’à soi, d’écouter et de s’imprégner de l’ampleur des mouvements mélodiques, du rythme des pincements de cordes et de ces échanges de tons soutenus d’un oud à l’autre.

     En seconde partie, nous aurons eu droit à un jeu d’improvisation entre Samir et Adnan, à savoir lequel des deux saurait le mieux rendre la note - impossible pour nous de trancher! -, Wissam paraissant un peu dépassé par la célérité dont ses frères faisaient preuve. Qu’à cela ne tienne, lors du rappel, Samir et lui feront, entre autres, la preuve que nul n’est en reste, Samir veillant aux accords sur le oud de Wissam qui en pinçait les cordes (photo ci-contre), sans bévue aucune : belle synchronie!

     Au final, mon grand neveu J., sa copine C. et moi avons cherché - sans succès - les titres de deux thèmes familiers repris par le Trio en cours d’improvisation, C. attestant que Piazzola avait rendu le premier célèbre. Un bref moment, J. le musicien aurait bien montré au technicien de son ce qui n’allait pas pour un SI trop strident à son goût (ah bon? nous sommes-nous dit, C. et moi) et n’avait pu contempler de tout son saoûl que le jeu des mains et des doigts de Wissam, mais après tout, on n’a qu’une paire d’yeux ( ;-) )! Sinon, la musique arabisée, teintée de quelques accents modernes et, pour une pièce, plus hispaniste parce que croisée de flamenco, la musique et ses disciples, dis-je, nous ont ravis.

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Pour en savoir plus :
     
— > Site (non-officiel) consacré au Trio Joubran;
     
— > Sur Mondomix : Portrait, Interviews, Vidéos, Chroniques et Reportages;
     
— > Wissam a suivi la dure formation de l’Institut Antonio Stradivarius en Italie pour devenir maître luthier. Il est le premier élève arabe à avoir intégré cet Institut réputé pour son excellence. Il en est sorti diplômé en 2005. (Accédez à son site de lutherie, et n’oubliez pas de mettre le son!).

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Aussi :
     
— > Découvrir la Oudland et entendre de la musique de oud;
     
— > C’est par le biais du service de promotion des spectacles de la scène montréalaise ATUVU.CA que nous avons été informés de la venue du Trio et que nous avons pu profiter de billets généralement attribués à la presse.