17/01/2007 12:38 am
Espèces menacées d’extinction ?
Ne me sentant pas très blogueuse ces jours-ci, je vous signale deux de mes lectures du jour dont le point commun est celui de l’accès à la connaissance. D’abord, Pierre Foglia qui, dans la deuxième partie de sa chronique, émet une opinion que je partage totalement (plus spécifiquement ce qui est en noir). C’est suffisamment préoccupant, au point d’imaginer voir un jour une plaque tombale posée au 1400, boulevard René-Lévesque Est sur laquelle serait gravé : Ici gît RADIO-CANADA…
RADIO-CANADA
Puisqu’on est dans les jeux-questionnaires, j’ai regardé 20 minutes des Belles histoires des pays d’en haut dimanche à la télé. Ciel d’Afrique et pattes de gazelle comme cet animateur était nul, mais nul, et vide, et s’exclamant comme Bécassine au Salon des arts ménagers de Trifouillis. Si loin finalement de la tradition radiocanadienne pour cet emploi. Tellement loin, par exemple, d’un Raymond Charette, le père de Christiane… Christiane qui a accepté de recevoir ce complètement nul à son émission hier matin. Comment avez-vous pu faire cet affront à votre papa, madame?
Il se passe des choses en ce moment à Radio-Canada, même à la radio que je n’aime pas. Une volonté de faire peuple, une fébrilité de la cote d’écoute qui m’énarve, des redditions qui me déçoivent. Je trouve qu’on en a beurré épais sur les Belles histoires, fallait-il qu’elles fassent aussi des petits à Maisonneuve, à Christiane, à Homier-Roy, c’est ça la synergie, faire avec de la viande à chien, de la moulée pour tous.
Second souci, la question du droit aux images à l’ère de la publication électronique, dont l’extrait suivant vous donne un aperçu des enjeux :
Alors que l’entreprise de numérisation généralisée des textes du domaine public se poursuit à bride abattue sur tous les continents, alors que le libre accès à des centaines de milliers d’ouvrages sur internet fait désormais toucher du doigt le vieux rêve de la bibliothèque universelle, la situation des images semble aujourd’hui dans l’impasse. Qu’il soit pictural, photographique ou cinématographique, le patrimoine visuel fait partie des trésors les mieux gardés du monde contemporain. Réduit par les usages à l’état de marchandise, quand bien même il devrait dépendre du domaine public, il est aujourd’hui exclu des voies où se construit le bien commun de l’humanité. Quelles sont les raisons de cette situation paradoxale?
Cette tribune est publiée simultanément par les organes respectifs des signataires: Actualités de la recherche en histoire visuelle, Around Wikipedia, Études photographiques, Images Re-vues, Observatoire critique, La Tribune de l’Art. Placé sous licence Creative Commons n° 2 (paternité, pas de modification), ce texte est librement reproductible à condition d’y maintenir ce dernier paragraphe (version html, version texte, janvier 2007).



Maridan : Pardon, mille pardons d’utiliser votre site pour me plaindre et vous dire que je suis extrêmement fâchée contre Groucho, sinon furieuse….
Il a, en effet, dit une phrase “assassine” dans un de ses posts chez Corinne, phrase que je ne tolère pas, surtout venant lui avec qui je partage, même si je ne l’exprime pas, la plupart de ses analyses bien exposées et pertinentes. J’espère donc que si il ne me lit pas chez Corinne (je n’ai pas pu tenir ma promesse de ne plus bloguer, je devais me manifester….)il me lira chez vous et me donnera une explication. J’ai besoin de comprendre son sentiment. Mille merci pour la place utilisée sans votre permission.
Comment erre sophie — 18/01/2007 @ 2:19 pm
Ma chère Sophie, je ne sais pas ce qui vous a choqué. Si c’est mon souhait de la disparition d’Israel en tant qu’état sioniste, basé sur une injustice, cette idée je l’ai exprimée à maintes reprises. Ceci se faisant comme s’est fait la disparition de régimes comme celui de l’Afrique du sud blanche ou l’URSS.
Antisioniste je suis, anti-juif jamais. Je vous renvois à la lécture de maxime Rodinson que j’ai cité ici même dont je partage l’analyse:
http://www.monde-diplomatique.fr/2004/07/RODINSON/11334
Désolé Sandy et merci pour votre hospitalité.
Comment erre J.J. Groucho — 18/01/2007 @ 6:30 pm
Pas de problème, Sophie et Groucho; comme je l’avais déja dit ailleurs ou ici, quand des discussions hors sujet prennent forme sur son blog, c’est qu’on est rendu big BIG BIG! Ben oui, quoi, comme chez Corine et Passou… Ne vous gênez donc pas pour poursuivre, ça risque d’être très instructif!
Comment erre Marie Danielle — 18/01/2007 @ 6:52 pm
Groucho, mon cher, : d’abord merci d’avoir répondu à mes posts (j’ai lu également votre réponse chez Corine) - vous avez une excellente mémoire et vous m’avez mise mal à l’aise en me rappelant qu’effectivement je ne suis pas intervenue comme je l’avais promis à la suite de la note très instructive de Maridan (du mois d’Octobre 2006, je crois…) - Je ne cherche aucune excuse mais cette dernière année je n’étais que rarement en France et lorsque j’y suis, le temps me manque et j’avais oublié de noter que j’avais à vous répondre - Acceptez donc mes excuses tardives et non moins sincères.
Groucho, bien que n’étant pas pratiquante (ni de cette religion, ni d’une autre d’ailleurs), en effet, je revendique mon origine juive - comment pourrait-il en être autrement puisque ma mère est juive -
Si j’ai réagi si brutalement à vos propos c’est que j’ai tellement vu d’horreurs parmi les peuples opprimés, le plus souvent minoritaires, que je ne peux pas laisser dire, même à mots couverts, qu’un pays, qu’un peuple, soient supprimés.
J’étais en URSS au temps de l’opression (pas en vacances, j’y ai vécu), j’étais en Afrique du Sud au temps de l’apartheid ( pas en vacances non plus) - Un soir de Noël à Soweto, nous avons passé la nuit dans l’église, avec un père blanc, pour protéger un groupe d’enfants du massacre des Zoulous. Et j’en passe….Je n’ai pas souhaité pour cela que l’Afrique du Sud et ses occupants soient rayés de la carte…..il est vrai que comparé à vos analyses politiques (moi qui ne m’occupe pas de politique et ne m’en occuperait jamais) mes états d’âmes doivent vous paraître très puérils, cher groucho, et c’est bien pour cela que je ne vais pas m’aventurer à polémiquer avec vous sur ce plan là - Moi, je ne sais parler que de poésie et d’humanité (en dehors de mon trvail, s’entend)- Ceci étant, je lis, j’écoute ce qui s’écrit et se dit ici et là et je partage ce que vous avancez a propos des palestiniens mais je le répète, pas d’un point de vue politique mais du point de vue humain comme je ne partage pas, humainement parlant votre position concernant Israël et son peuple.
Hier, Jeudi, pendant que vous vous régaliez à l’opéra, j’ai lu dans libération, un article de Maurice Stroun ( Membre fondateur du centre international pour la paix au Moyen-Orient) intitulé : Non l’occident l’est pas responsable du malheur des Palestiniens et Israël n’est pas l’enfant de la shoah.
PALESTINE, LE PREJUDICE DES ERREURS HISTORIQUES.
(Stroun est l’auteur de Israël, Palestine, l’histoire au delà des mythes)
Je pense que si vous pouviez retrouver cet article, il vous interesserait.
Moi, je ne suis ni Golda, ni Meir, merci à mon ange gardien d’avoir veillé à ce que je devienne moi, et à ce que mon langage soit dépourvu d’insultes et de.grossièretés. - Merci de m’avoir lue - Merci Maridan pour l’espace.
Comment erre sophie — 19/01/2007 @ 2:47 pm
Quand je disais que ça risquait d’être très instructif! Ce dont je vous remercie, Sophie. La question du conflit israëlo-palestinien m’intéresse et me préoccupe, c’est l’énergie qui manque pour tenter de tout suivre, mais le sujet reste ouvert ici en tout temps, pas de gêne à y avoir. En plus, ça a permis de vous connaître un peu plus.
Traube avait énoncé déjà, comme un rêve, la cohabitation fraternelle des deux populations dans un seul et même État, mais autrement, à voir ces 50 ans de conflit, on se demande si la paix sera jamais possible, alors oui, on peut envisager la disparition de l’État sioniste, mais pas par volonté tant que par désespoir. Enfin, depuis que je m’intéresse à cette question, ce qui est somme toute bien récent, j’ai toujours fait la promotion d’une entente pacifique, à l’instar du PAJU (Palestiniens et Juifs Unis).
J’ai repris en son entier, ci-dessous l’article de M. Stroun et, n’étant pas une spécialiste, je poserais quand même cette question : si, tel que le dit Stroun, il existait en terre palestinienne “une communauté juive de 600 000 âmes déjà organisée comme un Etat de facto”, Theodor Herzl n’a pas paru se fonder sur cette réalité-là telle que vue par Stroun, et on se demande bien pourquoi? Car, pour ce que j’en sais et en ai dit, Herzl envisageait diverses terres où fonder cet État et peu lui chalait que ce fut celle où Israël a été établi. Enfin, il me semble que la communauté internationale, sinon l’ONU, s’entendait à dire que ce sont les palestiniens qui avaient été floués de leur droit à l’autodétermination à la fin du colonialisme, ou me trompe-je? Ensuite, il semble que la politique du fait accompli doive maintenant être appliquée, mais Stroun parle, lui, d’un fait accompli d’avant Israël : est-ce juste, est-ce jeu politique, est-ce que les grands spécialistes ou les historiens sont de cet avis?
Rebonds
Non l’Occident n’est pas responsable du malheur des Palestiniens et Israël n’est pas l’enfant de la Shoah.
Palestine, le préjudice des erreurs historiques
Par Maurice STROUN
QUOTIDIEN : jeudi 18 janvier 2007
Maurice Stroun chercheur en biologie.
Dans un article récent écrit par Jean Marguin dans Libération du 4 janvier,«Palestine, réparer les préjudices», l’auteur semble faire siennes les affirmations que l’Occident est responsable du malheur des Palestiniens. Il reprend l’argument développé avec force par le président iranien qu’Israël est l’enfant de la Shoah.
Or la communauté juive s’est construite, à partir de 1882, dans une partie de l’Empire ottoman qui jusqu’au début du VIIe siècle était connue comme la Palestine. C’est dans le cadre des droits historiques, qui étaient la base au XIXe siècle de la morale politique auparavant avaient dominé les droits religieux, puis les droits dynastiques, et après 1945 le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes prendra la place des droits historiques que le mouvement sioniste trouva sa justification comme de nombreux autres peuples en Europe. Les dates en histoire sont importantes, et la tragédie de la Shoah a lieu environ cinquante ans après le début du sionisme. En 1880, les Juifs représentaient 10 % de la population du territoire qui avait été la Palestine et était majoritaire à Jérusalem. Entre 1882 et 1945, 400 000 Juifs vinrent s’installer légalement en Palestine tout comme 200 000 Arabes des pays environnants (Syrie, Liban, Libye, Egypte, Soudan).
Par ailleurs, les terres achetées par les Juifs appartenaient, entre autres, aussi bien au frère du sultan, aux descendants de l’émir algérien Abdel Kader qui, à l’époque, avait reçu du sultan de grands territoires en Palestine, à de grands banquiers libanais et syriens, à de grands propriétaires terriens dont la famille Husseini, à laquelle appartenait le grand mufti, et celle de Choukeiri, le fondateur de l’OLP. En 1947, au moment du partage, il y avait dans la partie qui deviendra Israël une communauté juive de 600 000 âmes déjà organisée comme un Etat de facto, avec un Parlement, des organes gouvernementaux, un puissant syndicat responsable par ailleurs du service de santé, ainsi qu’une activité économique en plein développement. Il faut ajouter à cela qu’alors les réfugiés juifs des camps de concentration n’étaient pas autorisés par la Grande-Bretagne, puissance mandataire, à venir s’installer en Palestine.
Lorsqu’on parle aujourd’hui des réfugiés palestiniens victimes de la guerre déclenchée en 1948 par les Etats arabes, il faut éviter les imprécisions. Premièrement, il n’y a pas eu «plus de quatre millions de Palestiniens qui ont quitté leur terre de gré ou de force». L’auteur de l’article confond le nombre de réfugiés actuels incluant les enfants, les petits-enfants et les arrière-petits-enfants de ceux qui ont quitté leurs maisons en 1947-1948. C’est aussi peu sérieux que de prendre le chiffre actuel de six millions d’Hébreux en Israël pour affirmer qu’au moment du partage, en 1947, les Juifs en Palestine représentaient la moitié des Juifs dans le monde ! Dans les faits, il en résulta un exode de 780 000 âmes selon les Palestiniens, 52 000 selon les autorités israéliennes et 720 000 Palestiniens selon l’Agence des Nations unies pour l’aide aux réfugiés palestiniens (Unrwa).
Or, si une partie des réfugiés palestiniens a été expulsée de sa terre par l’armée israélienne, une plus grande partie a simplement fui, encouragée par les comités nationaux arabes locaux qui demandaient aux populations arabes de l’Etat juif de quitter leurs habitations et de se réfugier en territoire arabe afin de faciliter l’action des armées arabes. Cela est confirmé, entre autres, aussi bien par le grand poète nationaliste palestinien Mahmoud Darwish que par Abou Iyad, le second d’Arafat, et par, entre autres, le journal jordanien Filastin qui écrit (le 19 mai 1949): «Les Etats arabes encouragèrent les Arabes de Palestine à quitter temporairement leurs demeures afin de ne pas gêner l’avance des armées arabes.»
Enfin, la résolution 194 de l’Assemblée générale de l’ONU consacrée aux réfugiés, après d’âpres discussions, ne parle pas de «droit» de retour pour les réfugiés, mais simplement d’une permission de retour. A ce propos, Abba Eban, représentant d’Israël à l’ONU qui avait proposé le terme permission plutôt que le mot droit exigé par les gouvernements arabes, m’a écrit un jour : «Le fait que pour retourner dans le territoire aujourd’hui israélien on ait besoin d’une permission (comme n’importe qui doit l’obtenir s’il n’est pas israélien) montre que l’on n’a pas affaire à un droit inhérent de chaque réfugié, mais bien à un acte souverain de l’Etat d’Israël.»
Il convient de ne pas oublier que, dans le plan de partage, un Etat palestinien devait voir le jour à côté de l’Etat juif. Les dirigeants palestiniens d’alors refusèrent d’assumer leur Etat pour ne pas légitimer l’Etat juif, tout en précisant que la Palestine en tant que telle n’existait pas, n’étant que le sud de la Syrie. Cette position sera maintenue jusqu’à la formation du Fatah par Arafat et ses compagnons en 1959.
Il est temps que les grandes puissances organisent une conférence internationale pour aider les deux parties à conclure la paix, paix qui ne pourra être très différente du plan Clinton ou de son enfant, les accords de Genève.
Coauteur (avec Michaël Harsgor) d’Israël-Palestine, l’histoire au-delà des mythes , éd. Metropolis (traduit en hébreu et en arabe), et membre fondateur du Centre international pour la paix au Moyen-Orient.
© Libération
Comment erre Marie Danielle — 19/01/2007 @ 4:45 pm
Si Groucho ne me boude pas trop, il pourrait me , nous donner son avis sur la question que vous posez, Maridan.
Comment erre sophie — 20/01/2007 @ 11:43 am
Chère Sophie,
Il n’y a aucune raison de bouder quelqu’un d’aussi agréable. Malheureusement, je n’ai pas eu le temps de lire cet article pour vous répondre. Et puis je suis en déplacement et mon portable me joue des tours. Avec ce petit portable, il me faut 10 minutes pour ouvrir le site de Maridan. Promis dès mon retour je répondrai.
Comment erre J.J. Groucho — 20/01/2007 @ 12:09 pm
En attendant ma réponse, voici un élément de réflexion interessant. Encore une fois désolé pour la longueur:
//Une proposition israélienne oubliée sur les réfugiés palestiniens
Un des problèmes les plus complexes de l’affrontement israélo-palestinien concerne le sort des millions de réfugiés palestiniens. Même si le document est un peu ancien, la carte « Des millions de réfugiés palestiniens au Proche-Orient », publiée par Le Monde diplomatique donne la mesure de l’ampleur du problème.
Dans un « Rebonds » publié le jeudi 4 janvier par Libération, « Palestine, réparer les préjudices », Jean Marguin, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, écrit :
« La résolution 194 de l’ONU (11 décembre 1948) reconnaît aux réfugiés palestiniens le droit au retour sur leurs terres et le droit à indemnisation pour les biens qu’ils ont perdus. Israël, bien qu’ayant implicitement accepté les termes de cette résolution par le fait même de son admission à l’ONU, ne les a jamais reconnus de facto . Toutefois, cette absence de reconnaissance ne devrait pas constituer un point de blocage pour le règlement du problème. Le constat de l’existence des réfugiés est une preuve suffisante de la réalité de l’expropriation. Or un problème d’expropriation ne se règle pas par la violence mais par les voies du droit. Les étapes de la solution sont toujours les mêmes : constat de la réalité de l’expropriation, recherche des responsabilités, évaluation des préjudices matériels et moraux, juste réparation des préjudices, acceptée par les parties contractantes. »
« Les responsabilités ? On a tort de faire porter sur les Israéliens la totalité des responsabilités de l’expropriation des Palestiniens, car les faits générateurs remontent aux années 30 et surtout à l’extermination des Juifs par le régime nazi. Si les Juifs se sont installés sur des terres palestiniennes, c’est aussi et principalement par la volonté des puissances de l’époque, spécialement de la France, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, et dans une moindre mesure, des Etats-Unis et de la Russie. Avec le jugement critique que nous portons désormais sur notre ère coloniale, cette reconnaissance de responsabilité devrait être implicitement acquise. Il serait sans doute préférable, pour l’issue du conflit, qu’elle soit officielle. »
« Pour ce qui est des préjudices matériels, l’UNCCP (United Nations Conciliation Commission for Palestine), commission créée par l’ONU pour appliquer les termes de la résolution 194, a procédé à une évaluation globale de la valeur des terres palestiniennes expropriées mais n’a pas été en mesure, pour des raisons politiques, de prendre en compte la valeur des propriétés individuelles (habitations, troupeaux, entreprises, équipements, etc.). Cette évaluation, très incomplète, conduit à près de 300 millions de dollars de 1951, soit environ 12 milliards de dollars actuels. Des évaluations palestiniennes plus récentes et plus complètes conduisent à plus de 250 milliards, ce qui est probablement plus proche de la réalité. »
L’auteur conclut en disant que la réparation matérielle doit s’accompagner d’une réparation morale avec la reconnaissance d’un Etat palestinien indépendant.
Le problème des réfugiés palestiniens, de leur « droit au retour », a été soulevé lors du sommet de Camp David entre Yasser Arafat, Ehoud Barak et William Clinton, en juillet 2000. Il a été au centre des négociations de Taba de janvier 2001, négociations qui se tenaient quelques jours avant les élections israéliennes qui allaient amener Ariel Sharon au pouvoir (sur ces négociations vous pouvez lire l’article Proche-Orient, la paix manquée, que j’ai écrit dans Le Monde diplomatique de septembre 2001 et qui est disponible sur le cédérom). Lors de ces débats, la délégation israélienne formula, pour la première fois, des propositions jugées importantes par les Palestiniens car elles reconnaissaient une responsabilité de l’Etat d’Israël dans la création du problème des réfugiés. Le Monde diplomatique fut le premier journal à publier ces propositions en septembre 2001.
La proposition israélienne sur les réfugiés palestiniens Taba, le 23 janvier 2001
« Non papier » (Pour ceux qui ne le savent pas, le “non papier” est une formulation diplomatique pour parler d’un document non officiel. AG)
*Réponse privée au texte sur les réfugiés palestiniens [texte remis par la délégation palestinienne] du 22 janvier 2001.*
*L’importance accordée à la résolution du problème des réfugiés.*
1. Le problème des réfugiés palestiniens est central dans les relations israélo-palestiniennes. Sa solution globale et juste est essentielle pour créer une paix durable et moralement irréprochable.
*Le récit.*
2. L’Etat d’Israël exprime solennellement sa tristesse pour la tragédie des réfugiés palestiniens, leurs souffrances et leurs pertes, et sera un partenaire actif pour terminer ce terrible chapitre qui a commencé il y a 53 ans, contribuant pour sa part à la réalisation d’une solution juste et globale du problème des réfugiés palestiniens.
3. Pour toutes les parties directement ou indirectement responsables de la création du statut de réfugié palestinien, ainsi que pour tous ceux pour qui une paix juste et durable dans la région est un impératif, il incombe de prendre sur eux la responsabilité de contribuer à la résolution du problème des réfugiés palestiniens de 1948.
4. Malgré son acceptation de la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations unies de novembre 1947, l’Etat d’Israël naissant a été entraîné dans la guerre et l’effusion de sang de 1948-1949, qui ont fait des victimes et provoqué des souffrance des deux cotés, y compris le déplacement et l’expropriation de la population civile palestinienne qui est devenue réfugiée. Depuis lors, ces réfugiés ont vécu des décennies sans dignité ni citoyenneté ni propriété.
5. En conséquence, la solution au problème des réfugiés doit exprimer les besoins et les aspirations de ces réfugiés, en tenant compte des réalités depuis la guerre de 1948-1949. Ainsi, le désir de retour devra être mis en œuvre d’une manière compatible avec l’existence de l’Etat d’Israël patrie du peuple Juif, et la création de l’Etat de Palestine, patrie du peuple palestinien. Les fondements.
6. Un règlement juste du problème des réfugiés palestinien, en accord avec la résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations unies doit conduire à l’application de la résolution 194 de l’Assemblé générale des Nations unies (Position palestinienne).
*Le retour, le rapatriement et la réinstallation.*
7. Depuis 1948, les aspirations des Palestiniens se sont exprimées dans le double principe du « Droit au retour » et de la création d’un Etat palestinien indépendant, tirant leur base du droit international. La réalisation des aspirations du peuple palestinien, comme il est reconnu dans cet accord, inclut l’exercice de leur droit à l’autodétermination et une solution juste et globale pour les réfugiés palestiniens, fondée sur la résolution 194 de l’Assemblé générale des Nations unies qui assure leur retour et garantit le bien-être et la sécurité des réfugiés, répondant au problème des réfugiés dans toutes ses dimensions.
8. En ce qui concerne le retour, le rapatriement et la réinstallation, chaque réfugié devra s’inscrire dans l’un des programmes suivants, remplissant ainsi la clause de la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations unies :
a. Vers Israël - dans la limite convenue de XX [le document ne comporte aucun nombre.- NDLR] réfugiés, la priorité étant accordée aux réfugiés palestiniens qui vivent actuellement au Liban. L’Etat d’Israël reconnaît son engagement moral pour la résolution rapide du problème de la population réfugiée des camps de Sabra et de Shatila.
b. Vers le territoire israélien échangé. Dans ce cas, les infrastructures devront être préparées pour accueillir des réfugiés dans les zones souveraines de l’Etat d’Israël qui devront passer sous souveraineté palestinienne dans le cadre d’un programme de développement d’ensemble.
c. Vers l’Etat de Palestine : les réfugiés palestiniens peuvent exercer leur retour sans aucune restriction vers l’Etat de Palestine, patrie du peuple palestinien, en accord avec ses lois et sa législation nationales.
d. La réhabilitation dans les pays hôtes actuels. Dans ce cas, la réhabilitation doit être immédiate et totale.
e. La réinstallation dans un pays tiers : la réinstallation volontaire dans un pays tiers qui exprime sa volonté et sa capacité à absorber les réfugiés palestiniens. Définition d’un réfugié.
9. Voir article 6 du texte palestinien comme une Position palestinienne.
*Réparations et réhabilitation.*
10. Chaque réfugié pourra s’adresser, pour les programmes de réparation et d’assistance, à la réhabilitation dans les conditions indiqués dans les articles XX. Dans ce but, une commission internationale et un fonds international seront créés (Articles ci-dessous) qui auront la pleine et entière responsabilité pour l’application de la résolution du problème des réfugiés dans tous ses aspects, y compris la collecte et la vérification des réclamations, et de l’attribution et de la dépense des ressources. Les programmes respecteront les principes suivants :
a. Ces programmes devront accorder des réparations financières et en nature pour le déplacement (souffrance morale - basée sur la position palestinienne) et les pertes matérielles, et permettre une croissance économique des communautés. Le double objectif d’une justice historique pour chacun et d’un développement économique commun devra guider l’élaboration de ces programmes.
b. Les programmes de réparation devront être conçus selon un double critère, individuel d’une part et selon la nature des réclamations, les demandes individuelles étant traitées selon une procédure rapide (comme détaillé dans l’article XX ci-dessous), et devront être gérés selon un registre complet et définitif des réclamations de biens pour être compilés par une émanation spéciale de la commission et du fonds internationaux.
c. Les programmes de réhabilitation et de réparation feront partie intégrante des efforts nécessaires pour promouvoir le développement économique et la cohésion sociale à la fois des individus concernés, et des communautés et sociétés dans lesquelles ils vivent ou se réinstallent, permettant ainsi différentes modalités pour l’assistance (à détailler).
d. Les réparations pour les pays hôtes seront en accord avec l’article XX ci-dessous.
e. La communauté internationale et l’Etat d’Israël seront les principaux donateurs du fonds international jusqu’à un plafond convenu pour chacun. Les biens immobiliers israéliens qui resteront dans l’Etat de Palestine après le retrait israélien seront transférés pour devenir les biens du Fonds international remplaçant ainsi un montant de XX $, constituant une part intégrale de la totalité de la contribution de XX$.
*Les pays hôtes.*
11. Les pays ayant accueilli les réfugiés recevront une réparation pour les coûts significatifs qu’ils ont supporté en accueillant les réfugiés. Les coûts et investissements futurs de réhabilitation seront évalués selon les détails de cet accord, à travers des arrangements bilatéraux entre les pays hôtes et la Commission internationale.
*La Commission internationale.*
12. La Commission internationale sera constituée de l’Etat de Palestine, des pays hôtes, d’Israël et des membres de la communauté internationale, y compris des Nations unies, de la Banque mondiale, de l’Union européenne et du G-8, comme de toute autre institution appropriée. La Commission internationale aura la pleine et entière responsabilité concernant la résolution du problème des réfugiés dans tous ses aspects. Le mandat, la structure et le mode d’opération de la commission internationale seront détaillés dans cet accord.
*United Nation Reliefs and Works Agency for Palestinian Refugees in the Near East (UNRWA)*
13. La fin progressive de l’UNRWA devra se faire selon un calendrier précis pour être accepté par les deux parties et ne devra pas excéder cinq ans. L’étendue des services de l’UNRWA devrait évoluer de façon appropriée selon l’avancement de la réalisation de cet accord (la première phase inclura le transfert des services et des fonctions administratifs de l’UNWRA vers les gouvernements des pays-hôtes et les modalités pour le transfert des fonctions appropriées vers la Commission internationale de même que l’interruption du statut des camps de réfugiés palestiniens - Nouveau texte palestinien qui sera suggéré).
*La priorité des réfugiés libanais.*
14. La préférence dans tous les programmes ci-dessus doit être accordée aux réfugiés palestiniens du Liban.
*Les anciens réfugiés juifs*
15. Bien que le sujet des réparations aux anciens réfugiés juifs par les pays arabes ne fait pas partie de l’accord bilatéral israélo-palestinien, en reconnaissance de leurs souffrances et pertes, les parties s’engagent à coopérer dans la recherche d’une solution juste et équitable à ce problème.
*La fin des réclamations*
16. Les parties acceptent que les modalités ci-dessus constituent une réalisation complète et finale de l’article 11 de la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations unies du 11 décembre 1948 et considèrent que l’application convenue de ces programmes et les mesures détaillés ci-dessus constituent un règlement total et irrévocable du problème des réfugiés palestiniens dans toutes ses dimensions. Aucune autre réclamation ou exigence soulevée concernant ce sujet ne pourra être faite par les deux parties. Après l’application de ces articles, il n’y aura plus aucun individu ayant le statut de réfugié palestinien.//
http://blog.mondediplo.net/2007-01-04-Une-proposition-israelienne-oubliee-sur-les
Comment erre J.J. Groucho — 20/01/2007 @ 12:43 pm
Sophie, pardon si ma goguenardise ne vous paraissait pas trop digeste, mais compte tenu de l’article de Groucho, et du fait que l’État d’Israël n’a jamais respecté aucune des résolutions de l’ONU le concernant, on comprend qu’Israël ne se montre pas très chaud à l’idée d’une entente qui leur coûterait fort cher…
Comment erre Marie Danielle — 20/01/2007 @ 5:31 pm
Ma chère Sophie, le texte que j’ai cité et qui était en fait un texte de travail présenté par la délégation israélienne à Camp David, répond à l’analyse de Maurice STROUN.
Dans la proposition isrélienne il est clairement dit: “L’Etat d’Israël exprime solennellement sa tristesse pour la tragédie des réfugiés palestiniens, leurs souffrances et leurs pertes, et sera un partenaire actif pour terminer ce terrible chapitre qui a commencé il y a 53 ans, contribuant pour sa part à la réalisation d’une solution juste et globale du problème des réfugiés palestiniens.” Tout est dit.
Ce qui est important c’est la recherche d’une solution durable et celle-ci ne peut se faire qu’avec des concessions mutuelles et dans l’interet des 2 parties. Pour ma part je suis pour la création d’un seul état multiconfessionel.
Enfin j’ajoute qu’étant donné les souffrances subies par les juifs dans le monde, il leur est demandé plus d’humanité, plus de justice, plus de démocratie qu’à n’importe quel autre peuple.
Comment erre J.J. Groucho — 22/01/2007 @ 10:55 am
Maridan : n’ayez aucune crainte, votre goguenardise ne m’a pas blessée - Je suis à l’écoute de tout ce qui peut se dire , je lis avec attention tout ce qui peut s’écrire et ne suis en aucun cas sectaire, et nos discussions prouvent bien que l’on peut débattre d’Israël, des juifs, de l’antisémitisme, du sionisme, des palestiniens, de l’islamisme, sans s’invectiver.
Je demeure toutefois persuadée que l’état d’Israël comme état juif a été une erreur comprehensible dans le contexte de l’après-guerre . Aujourd’hui, je ne me sens pas proche de ce pays tant qu’il agit de la sorte et tant qu’il continuera à se maintenir dans la contradiction de se dire pays démocratique alors qu’il est ethnico-religieux .
OK pour dire comme vous que cette proposition oubliée, si elle ressortait des tiroirs, coûterait bien cher aux Israëliens mais ce qui est signé donc reconnu comme juste, doit être respecté. “Le fruit de la justice sera la paix; la justice produira le calme et la sécurité pour tous” - Isaïe -
Mon cher Groucho : Tout à fait d’accord avec vous pour dire que l’avenir d’Israël et des Palestiniens réside probablement dans un état binational et surtout multiconfessionnel.
Il paraît absurde de continuer à oeuvrer à la mise en place de deux états, solution qui ne se concrétisera pas plus aujourd’hui, qu’hier.
L’histoire des Palestiniens n’est pas exactement la mienne, mais leur avenir dépend du degré de sens de la justice d’Israël et je suis assez lucide pour dire que tant que ce pays manquera à l’appel de la justice, il se met en danger. On entend qu’aujourd’hui, Israël est un pays en crise avec un gouvernement déchiré, des médias en colère et une population désabusée. Il faut espérer un virage rapide et dans le bons sens.
Je vais essayer de transcrire ici, quelque chose que j’avais lu dans un quotidien et qui m’avait marquée car j’avais trouvé cela très beau et sûrement vrai :
“Ô mon peuple, ceux qui te conduisent s’égarent et ils inversent la direction de ta route” dit Isaïe. Il s’adressait au roi Menassé qui n’hésita pas à faire scier en deux l’arbre dans lequel le prophète s’était réfugié. C’était en 735 avant notre ère. Si la presse Israëlienne reproduisait à la une de ses journaux, le cri d’Isaïe, tout le pays penserait qu’il s’agit des dirigeants d’aujourd’hui…..”
Quant à votre conclusion, elle à mon soutient et je ne pourrais pas mieux l’exprimer que ci-dessus.
Comment erre sophie — 22/01/2007 @ 2:19 pm
Groucho, cette solution d’un seul État multiconfessionnel, a-t-elle déjà été envisagée par les deux parties, ou est-ce qu’une tierce partie “significative” l’a déjà suggérée? Depuis ma maladie, je ne suis pas parvenue à tout suivre, et la publication ici de mes travaux d’il y a 4-5 ans a été une façon pour moi de m’y remettre graduellement, quoique mon suivi de l’actualité et mes lectures traîne encore d’la patte. Enfin, avec vos interventions chez BigPic, Groucho, ça permet aussi de se remettre en selle! Et puis avec les interventions que chacun d’entre vous fait ici, je retrouve un plaisir analogue à celui que j’éprouvais à assister à des journées de séminaire ou de colloque, mais la résolution du conflit israëlo-palestinien m’était particulièrement cher pour de multiples raisons, dont la grande valeur symbolique qu’il revêtirait pour le monde entier, en plus de l’établissement de la paix pour les habitants de ces terres…
Comment erre Marie Danielle — 22/01/2007 @ 9:35 pm
Chère Sophie, chère Maridan, Alain Gresh m’a fait l’honneur de publier sur son blog en réponse à une question que je lui ai posé, un historique de la position « un seul état ». Cette réponse est la plus complète qu’on puisse apporter. Vu la longueur decette intervention, je vous donne le lien :
http://blog.mondediplo.net/-Nouvelles-d-Orient-
Bien amicalement. Groucho
Comment erre Groucho — 24/01/2007 @ 12:34 pm
Merci Groucho, j’ai trouvé un moment pour aller sur le blog d’Alain Gresh - Là aussi, on y passerait des heures…..
Suite au Papier de A.Gresh intitulé : “Iran, Liban, incohérences Françaises” du 21/1/2007,
j’ai relevé qu’en réponse à l’un de vos commentaires, le nommé Pierre vous renvoyait sur le lien : ” Israël-Palestine : un état pour tous, Yehouda.”
J’y suis allée par curiosité et j’y ai trouvé exactement la formulation de ma pensée,, (sinon de mon désir le plus profond) que je cite :
“La seule issue souhaitable pour la situation actuelle en Israël est la création d’un seul état SUR LE TERRITOIRE DE LA PALESTINE HISTORIQUE, où toutes les personnes vivant aujourd’hui sur ce territoire ainsi que tous les réfugiés palestiniens qui choisissent d’y revenir seront citoyens.
Utopie ?????
Bien à vous.
Comment erre sophie — 24/01/2007 @ 6:30 pm
Que vive l’utopie!
Comment erre J.J. Groucho — 25/01/2007 @ 12:17 am