«Le serpent
lui aussi
appartient
au mystère,
à la nuit
humide
et close.
Le serpent ne
s’explique pas.
Tout juste
peut-on
se laisser
fasciner
par lui,
qui rend
“l’invisible
visible”.
Il le choisit
comme son
emblème,
son blason :
     
     

Prince des contresens, exerce mon amour
À tourner son Seigneur que je hais de n’avoir
Que trouble répression ou fastueux espoir.
     
Revanche à tes couleurs, débonnaire serpent.
Sous le couvert du bois, et en toute maison.
Par le lien qui unit la lumière à la peur,
Tu fais semblant de fuir, ô serpent marginal!


     Débonnaire? Marginal? Mais pourquoi alors lui dresser une stèle? Pourquoi l’honorer dans un poème, à l’égal du taureau, de la truite, de l’alouette? Pourquoi l’élever à la hauteur d’un élément central, à l’égal de l’air, de l’eau et du feu?
     
     Silence! Le serpent symbolise cette glaise qui brasse les morts et les vivants, qui plonge dans les profondeurs de la conscience, qui féconde les moissons. “Ô serpent marginal!”»

      
    
    
Laurent Greilsamer, L’éclair au front, la vie de René Char, Fayard, France, 2004.