Précisons, dès le départ, que la dénomination de cette note, Muse 101, n’a rien à voir avec la loi québecquoise du même nombre, mais tout avec ces cours d’introduction à une matière (noble, de préférence). Par contre, les nerds, I’m sorry, mais y aura pas de dessins. Que du grand Art.
     
Il sera chic et de bon goût de se placer illico sous l’égide du conducteur des Muses, et j’ai nommé leur bien-aimé musagète, Apollon (tableau ci-contre : L’Apollon musagète est-il à nos coeurs saprophyte? (c) di Brazza). Cela dit, le temps étant nu et fou, notre Apollon moderne se démène comme un diable dans l’eau bénite, affairé tout autant aux fours qu’au moulin, puisque sa bobonne s’est émancipée. Eh ben oui, devant désormais veiller à éviter le surmenage, les dieux sont devenus candidats susceptibles de burn-out. Le temps est nu et fou, que j’vous dis!

(Gniark, gniark, gniark…)


Mon intention originelle était sans péché aucun, je comptais vous entretenir de mon expérience en tant que muse. Oui, je devine votre surprise, vous voilà les yeux tout grand écarquillés, mais c’est pourtant la plus stricte vérité : moi, une pure nobody, muse. Indeed! Et il m’en a coûté…
     
Il arriva donc qu’un jour, l’on s’empara de moi. Je ne m’y attendais guère, Anne, ma sœur Anne, n’ayant rien vu venir. J’ai d’abord cru qu’on se moquait de moi, mais ça, ça c’est plutôt produit avec la débandade finale, car, soyons claire, ce sont effectivement d’hommes dont je fus la proie.
     
Tout gentillets et affables en première approche, ces messieurs (auxquels se sont éventuellement joints quelques dames), ont fini par se montrer voraces… Jaloux, vindicatifs, narcissiques, misogynes, désespérés, pervers : name it, j’ai eu droit au menu complet. J’ai survécu, mais ce n’est pas sans peine de morts symboliques successives exécutées par le serial killer en chef!
     
On m’a donc traînée dans la boue, violentée, défigurée, moquée, sans ménagements. On m’a volée, itou. Ouais, parce que faut pas vous imaginer qu’être muse, c’est payant ou que vous avez droit à de la reconnaissance, hé ho wake up and smell the coffee! Au moins les nègres, eux, reçoivent une rémunération minimale pour services rendus, rogntûdjû!
     
Dans une certaine perspective, ça peut me faire du bon matériel pour l’écriture. Quoique au final, ils ne m’ont jamais fait éprouver que du connu. De l’archi-connu, même! Rien pour m’inspirer un super héros, quoi. Mais, l’époque n’en pinçant que pour les anti-héros, le glauque, le sinistre, l’horreur et la déréliction… Grands dieux! Houellebecq n’a qu’à bien se tenir, ôtez-vous de d’là, me v’là qui passe!! M’en vas tout râfler l’Épris!

(Gniark, gniark, gniark…)

Bon. Où en étais-je? Ouais, Muse 101… Je crois que je n’ai pas la vocation pro-fesse orale, hein? Aussi bien en profiter pour continuer à jongler avec les Muses. Comme on sait, dans la mythologie antique, on en comptait neuf. Elles présidaient aux arts libéraux. Mmm… je me demande bien qui, dans mon univers, pourrait être associé à chacune d’elles?? Let’s see
     
Dans le rôle de Thalie, Muse de la comédie? Hrundi, of course, nul autre! Hrundi et ses histoires coquines, contrepétant à qui mieux mieux. Le maître des jeux de mots, there’s no contest!
Quant à la Muse de l’histoire, je ne peux songer aussitôt qu’à Milad, historien du religieux. «Greffier de l’âme», a écrit Paul Claudel au sujet de Clio, «Ô observatrice, ô guide, ô inscriptrice de notre ombre !» À la bonne vôtre, Milad!
     
En tout bien tout honneur, je me dois de reconnaître Calliope en Pierre Assouline. Pour son éloquence et son esprit, et pour son cœur à l’ouvrage. Muse de la poésie héroïque, demandez-vous? Si, si! L’écrivain-blogueur est un poème qui reste stoïquement impertubable devant tous mes assauts et transports, alors…!! Son espace m’est atelier d’apprentissage de l’écriture, et bien plus encore. Mais je m’engage publiquement à cesser de faire de sa pomme mon objet de prédilection. Mister Passou, mon-petit-pain-d’orge-et-de-sucre, j’vous lâche les baskets à compter d’aujourd’hui!
     
Qui d’autre, pour sa polyphonie, que my Traobé (à droite), en Polymnie, Muse de l’art d’écrire et de la pantomime? Le volubile et inénarrable Traube, personnage haut en couleurs, l’une des stars sur le blog de Mister Passou… Un grand coquin, si vous voulez mon avis.
Rien de plus contrasté que d’y opposer Melpomène, la Muse de la tragédie, Juan Asensio lui-même. Le Stalker traque le Mal, hurle sa colère et fait entendre la lancinante plainte mélancolique de l’Être en quête d’Absolu. Aussi Loup aux dents longues et acérées. Séduisant, non?
     
Il hante silencieusement ce lieu, sans plus laisser de traces, mais la plume de ce Loup Voyant a tout le feu et la fougue qu’il sied pour incarner Érato, élégie des cœurs affamés - dont le mien - qui font Boum! Boum! comme lui sait faire Pan! Pan! Touchée, la cible!
Marcheur immobile, lui aussi invisible la plupart du temps, Zénon n’a de cesse de nous entraîner à sa suite dans son exploration de l’univers. Muse Uranie, donc, qui scrute les cieux et ses astres, et fréquente les hautes sphères métaphysiques sans grand bruit.
     
Z’aurez remarqué qu’il ne s’est agi, jusqu’ici, que de mecs. C’est la revanche de l’Espiègle! Par ailleurs, si jamais vous trouvez que ma plume a des défauts, sachez que ça ne dépend jamais que d’eux… Ouaip, les siècles à venir nous indiqueront si les hommes savent aussi bien y faire, en Muses, que les femmes autrefois!

(Gniark, gniark, gniark…)

Plus que deux, mais cette fois, j’ai cherché ailleurs qu’au Jardin des fleurs blogosphériques. Terpsichore, ma Muse de la danse, ça ne sera jamais que la fabuleusement émouvante Margie Gillis. Love, always.
Muse Euterpe, Arvo Pärt et sa musique. Découverte encore assez récente, échos de l’indicible qui nous traversent, nous ravissent et nous élèvent.

Tout n’a pas été dit, tous n’ont pas été nommés vers qui je me tourne constamment pour aller boire à leur source, mais qu’à cela ne tienne, j’agite mes grelots en espérant qu’ils tintinnabulent dans l’enchantement et vous salue tous, vous qui faites valser mes heures…