Je me taisais pour la vie, ou contre elle.
Je me taisais.
Ma présence était silencieuse.
Pas muette. Non.
Silencieuse.

     
     

Mon silence était criant.
On ne lui prêtait pas oreille.
On y était sourd.
Ou s’en trouvait assourdi.
Ou faisait semblant.
La parole ne peut jamais être qu’écorchée,
Lorsque son lieu
N’est que jardin de ronces
Qui la défigurent.
Alors je me taisais.
Contre la vie, ou pour elle.

     
     

J’étais assignée à témoin.
Grade militaire.
Mon silence a subi la discipline.
Lorsqu’on vous y confine,
L’instrumentaliser devient ardu.
On ne fait pas parler le silence
Comme on veut.

     

Être témoin était mon rôle.
J’étais témoin de tout.
J’étais le dépôt de leurs folies.
J’étais leurs garde-fous.

     

     
Un jour, j’ai respiré
Le parfum de la rose.
L’acteur silencieux,
Rompu aux épines,
Devint témoin parlant
À qui veut bien entendre.

     
     
     

(Henry Bauchau a fait dire à sa belle Antigone, « Je criais contre la vie ou pour elle. » *. C’est la résonance de cette parole qui a inspiré mes mots.
     
* Cette parole apparaît en pied-de-page sur chacune de celles de mon ancien blog La Voix de la Carpe.)