16/10/2006 1:03 am
Je me taisais pour la vie, ou contre elle.
Je me taisais.
Ma présence était silencieuse.
Pas muette. Non.
Silencieuse.
Mon silence était criant.
On ne lui prêtait pas oreille.
On y était sourd.
Ou s’en trouvait assourdi.
Ou faisait semblant.
La parole ne peut jamais être qu’écorchée,
Lorsque son lieu
N’est que jardin de ronces
Qui la défigurent.
Alors je me taisais.
Contre la vie, ou pour elle.
J’étais assignée à témoin.
Grade militaire.
Mon silence a subi la discipline.
Lorsqu’on vous y confine,
L’instrumentaliser devient ardu.
On ne fait pas parler le silence
Comme on veut.
Être témoin était mon rôle.
J’étais témoin de tout.
J’étais le dépôt de leurs folies.
J’étais leurs garde-fous.
Un jour, j’ai respiré
Le parfum de la rose.
L’acteur silencieux,
Rompu aux épines,
Devint témoin parlant
À qui veut bien entendre.
(Henry Bauchau a fait dire à sa belle Antigone, « Je criais contre la vie ou pour elle. » *. C’est la résonance de cette parole qui a inspiré mes mots.
* Cette parole apparaît en pied-de-page sur chacune de celles de mon ancien blog La Voix de la Carpe.)




Il y a comme un air de fraicheur sur ce blog. Un parfum de roses. Je l’ai mis dans mes favoris.
Comment erre J.J. Groucho — 16/10/2006 @ 8:25 am
Je n’étais ce jour-là que deux jambes qui marchent.
Aussi, le regard sec, le nul au centre du visage,
Je me mis à suivre le ruisseau du vallon.
Bas coureur, ce fade ermite ne s’immisçait pas
Dans l’informe où je m’étendais toujours plus avant.
Venus du mur d’angle d’une ruine laissée jadis par l’incendie,
Plongèrent soudain dans l’eau grise
Deux rosiers sauvages pleins d’une douce et inflexible volonté.
Il s’y devinait comme un commerce d’êtres disparus, à la veille de s’annoncer encore.
Le rauque incarnat d’une rose, en frappant l’eau,
Rétablit la face première du ciel avec l’ivresse des questions,
Eveilla au milieu des paroles amoureuses de la terre,
Me poussa dans l’avenir comme un outil affamé et fiévreux.
le bois de l’Epte commençait un tournant plus loin,
Mais je n’eus pas à le traverser, le cher grainetier du relèvement !
Je humai, sur le talon du demi-tour, le remugle des prairies où fondait une bête,
J’entendis glisser la peureuse couleuvre ;
De chacun —ne me traitez pas durement— j’accomplissais, je le sus, les souhaits.
(René Char, Commune Présence)
Comment erre Jean-Balthazar — 16/10/2006 @ 9:13 am
La consultation de mes stats, Groucho, donnent tout leur poids à vos mots, dont je vous remercie. C’est à la monarchie que vous devez d’avoir des “favorites”?
Au plaisir.
Je n’avais pas encore lu ce poème de Char, Flatun. quelle puissance, et quelle présence, toujours, dans ses mots! Un écho qui m’est très cher. Commune présence, hors du commun. Pure beauté.
Qu’à toute réquisition, un poème puisse en tout comme en fragments, parcours entier, se confirmer, c’est-à-dire assortir ses errements, m’apporte la preuve de son indicible réalité. Décampe, interdit de ses fondations… Aime, riveraine.
René Char, Moulin premier, Fragment LXV.
Comment erre Marie Danielle — 16/10/2006 @ 11:51 am
C’est le plongeon de ces deux rosiers sauvages, ainsi que le coup porté par l’incarnat de la rose à la surface de l’eau, qui m’ouvrirent les portes du Char, poétique.
Comment erre Jean-Balthazar — 16/10/2006 @ 12:24 pm
Rauque, l’incarnat, rauque! Ce mot relève du “hasard objectif”, qui vous fit inscrire ce poème de Char ici, dear…
Comment erre Marie Danielle — 16/10/2006 @ 12:39 pm
Vous ne manquez pas de souffle, très chère.
Comment erre Jean-Balthazar — 16/10/2006 @ 3:54 pm
Et, dans le cas où je viendrais à en manquer… je peux compter sur vous…?
Comment erre Marie Danielle — 16/10/2006 @ 5:06 pm
Scrutez la baie du Saint-Laurent, si vous y voyez une coquille de noix avec une voile en papier, c’est moi qui souffle dessus, pour vous.
Comment erre Jean-Balthazar — 16/10/2006 @ 6:40 pm
Une coquille de noix, comme celle de la Petite Poucette? Dites donc, JB, me lisiez-vous déjà sur La Voix de la Carpe? Voire bien avant, ailleurs??
Comment erre Marie Danielle — 16/10/2006 @ 7:31 pm
tiens, une devinette : qui est le Rauque Anonyme ? (anagramme) ;P
Comment erre benoit — 17/10/2006 @ 5:12 am
Eh bien, la vérité me demande de répondre contre la politesse : hélas non, je ne vous lisais pas sur vos autres blogs.
Vous avez bien reconnu la coquille de noix, mais, vous savez, je suis un peu trop grand pour vivre dans une fleur… Ou alors, je n’ai pas encore suffisament rétréci.
Ce qui est fort regrettable, j’en conviens et le regrette bien amèrement.
Mais le parfum de la rose embaume tous les jardins, n’est-ce pas ? Et il y a aussi le musc, la menthe et le jasmin. Les hibiscus, eux, ravissent les yeux.
Comment erre Jean-Balthazar — 17/10/2006 @ 7:23 pm
Désolée d’avoir tardé à vous répondre, messieurs.
Benoît, vraiment, je donne ma langue au chat! Je m’en mordrai peut-être la langue quand tu me donneras la réponse, mais je ne vois pas…
Cher Jean-Balthazar (au fait, nous souffrons d’une même manie, vous et moi, non? celle de collectionner les pseudos…), ça me plairait vraiment beaucoup de lire ce jeu dialectique qui vous fait opposer vérité et politesse?
Je ne me sens en rien vexée que vous ne me lisiez point auparavant. mais.. peut-être le devrais-je??
La petite Poucette est le conte qui aura le plus impressionnée l’enfant que je fus (et suis encore, souvent, oui, je ne nie pas, et puis y a pas de raison), c’est pourquoi lorsqu’on me parle de coquille de noix… Car, enfin, ç’aurait pu être tout autre terme.
Vous semblez avoir un sacré jardin. Et des bougainvilliers? J’ai un gardénia qui n’a jamais fleuri encore depuis que je l’ai, alors qu’à l’achat il était tout fleuri, doux parfum aussi. Vous me faites penser : quelques gouttes d’huile essentielle de jasmin sur l’oreiller, et nuit de beaux rêves as-su-rés. Y a longtemps que je n’y avais pensé. Eh! voilà qui devrait figurer sur ma table de chevet, comment ai-pu ne pas le faire auparavant?!? Même ma chatte des forêts norvégiennes, ma Daphnée, adore ça.
Comment erre Marie Danielle — 18/10/2006 @ 12:10 pm
Encore une devinette:
Au fait quand il s’agit de bougainvilliers, qu’est ce qu’on doit dire: un ou une?
Comment erre J.J. Groucho — 18/10/2006 @ 12:54 pm
Ouh la la! Eh bien, Groucho, nous avons commis communément la même fôte! On écrit “bougainvillée” et non “ier”, mon petit Robert m’a grondée, tout en me disant que c’était un mot féminin. Bon, ça n’est pas si mal de se retrouver dans les fleurs, après avoir été dans les patates!
Sinon, y a Sophie qui vous a interpelé dans “Un droit à l’endroit”.
Ciao!
Comment erre Marie Danielle — 18/10/2006 @ 1:00 pm
Tranquilisez vous dans le mien, on peut dire un bougainvillier ou une bougainvillée.
J’ai appris cela sur une terrasse de Sidi Bou.
Comment erre J.J. Groucho — 18/10/2006 @ 3:57 pm
Ah ben oui, j’ai re-vérifié mon Robert, et à la fin de l’entrée, on dit que la forme en ier est bonne itou.
Sinon, vous me semblez grand voyageur. Ne vous gênez pas de raconter de vos anecdotes de voyage si jamais ça vous dit. C’est bon pour Jean-Baltazar itou, ou quiconque en aurait envie. Et pis moi j’aime les digressions. Mais ça, personne ne s’en serait douté, of course.
Comment erre Marie Danielle — 18/10/2006 @ 4:40 pm
Rauque Anonyme = Raymond Queneau
Comment erre benoit — 19/10/2006 @ 9:15 am
Ah non, non ça marche pas, il est où le D dans Rauque Anonyme?? Parce que j’y avais pensé à Queneau, mais sans D… (ici viendrait un smileys qui tire la langue!, mais y a pas de code)
Comment erre Marie Danielle — 19/10/2006 @ 11:19 am
Coucou, ça va ?
La vita è bella ?
Oui ben non, je n’ai rien d’autre à dire. Juste coucou.
Enfin, si j’ai quand même un truc à dire.
Ce truc, je vais le poster dans qq minutes sur mon blog.
Comment erre uu — 19/10/2006 @ 11:21 am
Je pouvais bien trouver ton commentaire un peu curieux aussi, UU! T’as deviné ce qui était écrit en filigrane de mon com sur ta note?
C R I M E !
(Autrement, pour répondre à ta question : ça va comme ci comme ça la vie, car ces deux dernières semaines, mon body connaît encore des ratés. À se demander si ça va toujours être comme ça…
But I hang in there. What else can I do?)
Comment erre Marie Danielle — 19/10/2006 @ 5:15 pm
moi je sais que ma carcasse n’ira jamais comme avant, mais ça c’est un petit cri d’exaspération que l’on peut pousser - pour les grands cris je ne sais pas les sortir, moi aussi on m’a appris le silence ou les petits cris à côté
Comment erre brigetoun — 20/10/2006 @ 5:18 am
Tiens oui, c’est vrai, Queneau a donné ds l’a-peu près sur ce coup là !! Quand à moi, le seul que j’ai trouvé avec mon nom de famille donne…
Tigron bêbête. Pas mal non ? (pour l’occasion, un smiley qui tire la langue : ;P )
Comment erre benoit — 20/10/2006 @ 5:28 am
Bienvenue, Brigetoun, et merci pour vos mots. Il est vrai qu’en vieillissant, et dépendamment des problèmes de santé qu’on a, un retour en arrière peut être impensable. Dans mon cas, il y a effectivement des choses qui sont là pour rester, toutefois il semble il y avoir un élément -encore non-contrôlé et ces jours-ci je me demande s’il le sera jamais- quiprovoque de grandes fluctuations de mon état, ce qui rend difficile de planifier ou m’engager dans quoi que ce soit. Que la vie vous soit douce malgré cela, Brigetoun.
Benoît, savais-tu que, dans ton anagramme, il y a le nom qu’avait donné René Char à son chien, grand compagnon qu’il affectionna énormément? Tigron, oui. Quant au bébête, Traube te dirait que c’est très bien de signer ainsi, puisque nous le sommes tous au moins un peu…
Comment erre Marie Danielle — 20/10/2006 @ 10:34 am
Y aurait un problème sur blogspot aujourd’hui? Je n’arrive pas à accéder à vos blogs. Je ressayerai + tard alors.
Comment erre Marie Danielle — 20/10/2006 @ 11:16 am
j’ai besoin de votre aide. j’effectue un tfe sur antione mais je n’ai pas su me procurer l’antigone de bauchau, pourriez-vous m’envoyez quatres extraits accompagnés de leurs contexte ds le roman le plus vite possible??, merci beaucoup serena
Comment erre serena — 11/03/2007 @ 2:10 pm