08/10/2006 7:48 pm
«Ce qu’il y a de plus profond dans l’homme, c’est la peau.»
Paul Valéry
Selon Michel Tournier, le tatouage occidental est un phénomène totalement opposé au tatouage polynésien. Ainsi synthétise-t-il le sens des caractères du premier : «…quiconque a souffert dans un milieu misérable en gardera toujours la trace douloureuse sur son corps.», lui adjoignant les mots “émouvants et énigmatiques” de l’acteur Michel Simon, interrogé sur le fait qu’il était tatoué : «Mes amis le sont comme moi. Jamais un tatoué ne trahit.».
Michel Tournier, à nouveau : «Le tatouage polynésien est lui aussi langage, mais primaire, primordial, originel. Par le tatouage, le corps devient corps-
signe. Il est grimoire, savoir, initiation. Et c’est là que la souffrance et l’indélébilité prennent un sens tout différent de celui qu’elles ont en pays occidentaux. (…) Mais la souffrance et l’indélébilité du tatouage polynésien sont loin de signifier misère et salissure (…). C’est le corps-joyau et le visage-bijou. Le tatouage polynésien se veut d’abord déclaration d’amour. Mais ce signe n’est pas dépourvu de sens. Il porte une parole qui doit être harmonieuse. C’est un corps-poème. Et cette parole doit être véracité et fidélité. C’est le corps-signature.»
La légende :
«À Tahiti, selon une tradition locale la pratique du tatouage serait d�origine divine : durant le Po’ (période obscure), elle aurait été créée par les deux fils du dieu Ta’aroa, Mata Mata Arahu (qui imprime avec du charbon de bois) et Tu Ra’i Po’ (qui réside dans le ciel obscur). Ces deux dieux faisaient partie du groupe des artisans avec Taere, un dieu d’une grande habilité, et Hina Ere Ere Manua (Hina au caractère impétueux), la fille aînée du premier homme, Ti’i, et de la première femme, Hina. En grandissant, Hina Ere Ere Manua devint «Pahio» et fut recluse dans un endroit clos, sous la surveillance de sa mère, pour préserver sa virginité. Mais les deux frères Mata Arahu et Tu Ra’i Po’ décidés à la séduire, inventèrent le tatouage, s’ornèrent du motif appelé Tao Maro Mata et réussirent ainsi à l’arracher au lieu où elle était jalousement gardée : car, poussée par le désir de se faire tatouer, Hina Ere Ere Manua réussit à tromper la vigilance de sa mère et fut finalement tatouée.
Telle est donc l’origine divine du tatouage : au début il fut pratiqué pour les fils du dieu Ta’aroa, la principale divinité tahitienne. Ces derniers l’enseignèrent aux hommes qui, trouvant cette pratique extrêmement décorative, en firent abondamment usage. Les deux fils du dieu Ta’aroa, Mata Mata et Tu Ra’i Po’ devinrent donc les dieux du tatouage. On invoquait toujours ces illustres prédécesseurs avant d’entreprendre un tatouage, afin que l’opération soit parfaite, que les dessins se révèlent agréables à l’œil.
En souvenir de cette légende, on conservait les figures des deux dieux dans les Marae où des Tahu’a, les experts pratiquaient cet art. Il s’agit d’une forme de culture traditionnelle qui s’est maintenue telle quelle dans nos îles d’autant plus qu’aucune influence n’a pu en altérer les méthodes ni la manière d’appliquer les dessins sur la peau.»
«À Tahiti, combattue par les religions importées d’Occident, la technique du tatouage était tombée en désuétude, à tel point que personne n’était en mesure de l’exécuter. C’est donc chez nos voisins du Pacifique, où elle a su résister à l’érosion des siècles, que nous avons redécouvert cette pratique. En effet, la véritable renaissance de l’art du tatouage à Tahiti est due au concours des tatoueurs samoans, à partir des fêtes du Tiurai de 1982 : ce fut une étape essentielle du processus de retour à la culture originelle et du combat pour la survie et la sauvegarde des coutumes polynésiennes.»
Les deux extraits précédents sont tirés des textes de Raymond Graffe (Grand Prêtre du Marae et du Tatouage) qui accompagnent les somptueusement séduisantes photographies de Gian Paolo Barbieri, dans le livre que Taschen lui a consacré, Tahiti Tattoos, préfacé par Michel Tournier. On retrouve également certaines impressions de Gauguin relatées dans son livre Noa Noa, dont l’une, très forte, fait état d’une “mauvaise pensée” éprouvée par Gauguin comme le fardeau de la “civilisation pervertie” qu’il a voulu fuir. Sont aussi abordées brièvement l’opération du tatouage, sa typologie et ses sens, mais ce sont les photographies qui abondent majoritairement, et l’on s’en réjouit, car il est impossible de s’en repaître.
La force de ces images est telle qu’on ne peut que s’interroger, après les avoir contemplées. Si, autrefois, les religions importées d’Occident ont voulu effacer ces coutumes polynésiennes, ne voit-on pas aujourd’hui les dieux Économie et Progrès balayer —plus ou moins volontairement, plus ou moins consciemment— les particularités culturelles des peuples vivant sur cette Terre qui nous héberge? Une tradition, à moins qu’elle ne soit absolument nocive ou répressive, ne peut-elle pas se concilier avec l’évolution? Pourquoi des modes de vie anciens ne pourraient-ils se perpétuer?

Gian Paolo Barbieri, Tahiti tattoos, Taschen, 2002. 126 pages.
Certaines images de cette note proviennent du portfolio de 16 photographies présenté sur le site Fine Art Photography.




Il existerait une tradition qui “ne soit [pas] absolument nocive ou répressive” ?
Allons, donc, ça se saurait. Et à quoi donc servirait notre beau progrès, alors ?
Oups. Je m’égare peut-être…
Mon côté vieux réac.
Comment erre Jean-Balthazar — 08/10/2006 @ 8:39 pm
Vieux réac, vieux réac, c’est vite dit, vous auriez des cheveux blancs??
Comment erre Marie Danielle — 08/10/2006 @ 9:02 pm
Tres belles photos. Je me demande a quoi riment des tatouages chez les jeunes non-polynesiens d’aujourd’hui? Et le piercing? Besoin d’appartenir a une tribu, un clan ou simplement une mode esthetique?
Comment erre Anna — 09/10/2006 @ 8:49 am
Le livre de Barbieri a été publié en 1998, Anna, et c’est Michel Tournier qui effleure le phénomène du tatouage en Occident, en disant qu’ils évoquent “des aventures sentimentales privées : déclarations d’amour ou de haine, vengeance assouvie ou inassouvie. Il peut dévoiler des origines équivoques, voire crapuleuses; ceux se faisant tatouer faisant partie de la marine, de la Légion Étrangère ou ayant fait du bagne ou de la prison”. Mais rien au sujet précis de cette “mode” contemporaine. Me suis posée les mêmes questions que vous. Peut-être est-ce une façon de se rappeler, à soi d’abord, sa réalité physique, une sorte de rebuffade contre ce monde qui amoindrit la valeur d’une vie? Le fait que ça passe par une souffrance -quoique brève- a quelque chose d’un peu troublant. Je ne sais pas. En même temps, on regarde la chose avec beaucoup de légèreté. Par ailleurs, en quoi est-ce différent du perçage des oreilles?
Sinon, Milad a fait aujourd’hui une citation d’Adorno fort à propos, traitant de l’archaïsme, à méditer.
Et Flatun, j’avais espéré que vous nous parliez de cette tradition de “tatouage” des mains de la fiancée au henné -donc délébile-, lors de son mariage? Quelles belles broderies du corps! Je ne sais pas si c’est unique au mariage marocain, ou si c’est un rite de culture arabe ou musulmane?
Comment erre Marie Danielle — 09/10/2006 @ 11:38 am
MD, j’en sais fort peu de choses, sinon que non seulement c’est connu dans l’ensemble du monde arabo-musulman, en effet, mais aussi en Inde, d’où cela pourrait être originaire.
Des sortes de Yantras corporels, acclimatés et arabisés, peut-être ?
Tant de choses ont voyagé avec la soie. Allez savoir.
(By the way : je suis un jeune vieux réac depuis longtemps
)
Comment erre Jean-Balthazar — 09/10/2006 @ 1:57 pm
Flatun, elle est glissante, cette route de la soie. Avec ce “By the way : je suis un jeune vieux réac depuis longtemps”, je vois que vous l’avez empruntée vous-même, sous l’aspect de l’Ourobouros. Quelle acrobatie!
(”L’ouroboros un symbole du temps cyclique et de la continuité de la vie.”)
Comment erre Marie Danielle — 09/10/2006 @ 2:43 pm
Oh my god !!!
Mariedan’, you are like an oracle.
Tu vois à travers le temps.
Tu vois à travers l’océan.
Tu vois à travers nos vies.
Un jour, nous devrons nous rencontrer. Et nous parler.
Pour comprendre d’où te vient ce don de clairvoyance.
Pour le moment, je savoure le récit de vie et de mort narré par chacun de ces tatouages.
Tu comprendras bientôt mon commentaire…
Comment erre uu — 10/10/2006 @ 5:06 am
What a pity! or What a Pythie!
That is the question.
Bon, je préfèrerais qu’on dise de moi -et pour rester dans le sujet- : “Quel wapiti!”, mais cherche donc pourquoi…??
J’aime bien les ‘tits mots-logis!
Bon, pourquoi est-ce que je déconne autant avec les Frenchies, veux-tu bien me le dire??
Proposition de réponse : parce qu’ils me font attendre, attendre, et attendre encore…?
Une nana doit bien tromper son ennui, aaaarrghh!
Je vais donc de ce pas me fourrer le nez dans le livre de Barbieri, pour contempler les dieux.
Je suis très contente que ce livre existe et d’être tombée dessus à la biblio. Le corps y est présenté d’une façon totalement étrangère à celles qui prévalent dans notre monde, il y a de quoi méditer. Vrai qu’à Tahiti, vivre nu doit être plus aisé qu’ici, mais n’empêche qu’à regarder ces photographies et à tenter de se saisir du sens de ces tatouages, ça met en relief la “misère” -occidentale, à tout le moins- dans laquelle baignent nos présentations et représentations. Difficile de mettre des mots là-dessus, c’est trop neuf, ce que ça provoque ou fait naître en moi, mais cette coutume tahitienne ressemble tellement à rien de ce qu’on connaît ici, que ça ne peut laisser indifférent. À retenir et à suivre, comme piste (mémo pour moi-même).
Allez, UU, fais-moi pas trop languir!!
Comment erre Marie Danielle — 10/10/2006 @ 12:09 pm
Alors Marie Danielle, vous aimez les tatoués ou les tatouages?
Il s’agît plutot là de peintures sur les corps, que de tatouages indélébiles.
Comment erre Thierry Kron Traube — 10/10/2006 @ 6:21 pm
Ha! Je ne m’attendais pas à moins de vous, cher Thierry! Pour vous répondre, je dirai que je n’ai vraiment aucun grief à adresser à Barbieri pour n’avoir photographié que des hommes (excepté quelques photos où apparaît une femme, mais jamais totalement nue), et comme je suis un grain féministe, c’est beaucoup dire de ma part, n’est-ce pas??
But, know off hence, dear, ces tatouages sont indélébiles. Ou alors, peut-être aura-t-on eu recours à des tatouages délébiles sur des “modèles” choisis pour les fins de ce livre, mais selon ce qui est narré par Graffe ou Tournier, la coutume tahitienne en est une de tatouages indélébiles. Ce que l’une de vos nombreuses et cultivées connaissances pourrait sûrement attester, mm?
So, you may be assured I enjoy both very very much! Non mais, rien que la dernière photo de cette note, hein, belle croupe, non??
La pornographie peut aller se rhabiller, après une telle délectation, j’vous en passe un papier!
Good to hear from you, Traube! Were you away on a trip, because of your work? On ne peut pas accéder aux blogs du Monde aujourd’hui, grmph…
Comment erre Marie Danielle — 10/10/2006 @ 6:54 pm
Je viens de réaliser ce que vient de dire Paul Valéry.
Ca pourrait être fortement détourné, tout ça quand même. Mais bon, je m’abstiens.
Pour le reste, j’abonde dans le sens du courant que suit la carpe du jour [ça fait un peu plat du jour, n’est-il pas ?]: oui, c’est indélébile. Et parfois, certains impriment à jamais les épisodes marquants de leur vie de cette façon.
Le mythe de l’Homme-Livre d’une certaine manière, kinda like in Fahrenheit 451 de Bradbury.
Take care, MD.
Comment erre uu — 11/10/2006 @ 4:09 pm
Quelle censUUre a frappé ce blog pour ne plus voir de croupes polynésiennes masculines ?
Faut-il lancer une action collective ? Je me tiens à disposition le cas échéant… ;o) héhé
Comment erre uu — 11/10/2006 @ 4:20 pm
L’affirmation de Valéry est “profondément” discutable, UU, t’as bien raison.
De quelle censure parles-tu? Les photos que j’avais mises au départ sont toujours là…??
Comment erre Marie Danielle — 11/10/2006 @ 4:32 pm
Ben oui quoi, Valéry ne précise même pas si on discute du derme, de l’épiderme, des couches superficielles de la peau ou non, etc.
Pour les photos, c’est marrant, elles sont revenues. ;o)
Tu ne me croiras peut-être pas mais elles avaient vraiment disparu de ta note. Mais après avoir rafraîchi deux fois l’écran…
Mais certainement que notre écran d’ordi at home est un tantinet féministe et ne saurait tolérer trop de croupe masculine ostentatoire sur sa surface polie [lui rappellant trop le sexisme pornographique des hommes qui l’ont croisé].
Sur ce, je tire ma langue et vais dormir. Good evening, dear.
Comment erre uu — 11/10/2006 @ 6:10 pm
Alors là, ton fournisseur Internet est probablement porté à la censure, parce que moi j’avais rien changé… Et pis, vraiment, ces photos n’ont rien de comparable avec la porno, et n’ont rien de sexiste non plus, l’objet ici n’étant pas l’homme, mais ses tatouages. Tu sais bien que jamais au grand jamais je ne commettrais pareille exploitation du mâle autrement, pfff!
Enfin, tout est dans l’œil de celui, ou celle, qui regarde, pis le tien, on peut l’examiner en gros plan, et euh…
Comment erre Marie Danielle — 11/10/2006 @ 6:35 pm
Je dois dire que c’est une tres belle croupe! De plus en plus rare. Car la vie sedentaire ‘tue’ la beaute physique presqu’animale de l’homme. Il y a quelques tribus dans l’Est de la Malaysie qui portent des tatous-histoires, aussi. Mais les hommes ne sont pas aussi beaux que les Tahitiens. Peut-etre parce que ce sont des forest dwellers. Leur regime alimentaire est different.
Comment erre Anna — 12/10/2006 @ 2:10 am
Et encore, Anna, vous n’avez pas vu toutes les photos! Je vous dis pas l’effet que ça provoque de voir celles de ces hommes à cheval, sans selle… il y a des photos plus détaillées… Y en a aussi une montrant un Tahitien ayant grimpé sur un palmier un peu courbé, de quoi vous donner l’envie de jouer à Jane et Tarzan!
Bon, c’est bien bô tout ça, but I should go and get my beauty sleep, sinon Tarzan va me trouver plus fripée que de coutume. Et puis, Morphée, l’est pas mal fichu lui-même…
Comment erre Marie Danielle — 12/10/2006 @ 5:35 am
raah, c’est que les dames d’aujourd’hui ont des goûts de lUUxe. ;o) [rapport au commentaire d’Anna quant à la baisse de la qualité de la croupe masculine sur le marché mondial]
[dans qq minutes, réponse sur mon blog à mon premier commentaire ci-dessus]
Comment erre uu — 13/10/2006 @ 12:21 pm
Alors, cher UU, ce n’est que jUUstice, qu’on puisse avoir à notre toUUr des goÛÛts de lUUxe, non?
On déconne, hein, parce que, dans la réalité…
Par ailleurs, je rappelle que c’est un homme qui a pris ces photographies.
Sinon, je m’en vais dare-dare voir le dévoilement de ton mystère. Sera-ce UU mis à nUU…??
Comment erre Marie Danielle — 13/10/2006 @ 12:26 pm
oui mais la beauté des tahitiens ne va pas sans violence. Il n’y a plus de service miliataire mais il y a une vingtaine d’années on envoyait les pauvres conscrits tahitiens dans je ne sais plus quelle ville du nord de la France, bien grise, bien froide où on les enfermait toute la semaine. Et mon petit frère qui était lieutenant à l’époque tremblait tous les week-ends en attendant les dommages qui résulteraient pour eux et la ville de leur laché en permission. L’armée a parfois de drôles d’idées.
La route de la soie passant par Tahiti ? Je pense plutôt qu’il s’agit d’une forme de sacré atavique que nous avons perdu. Il faut dire que le corps nu est plus rare sous nos cieux et que le passage des dieux au Dieu n’a rien arrangé. (quoique les égyptiens et les mésopotamiens n’étaient pas tatoués. Quel est l’être cultivé qui pourrait nous dire non pourquoi les polynésiens le sont mais pourquoi nous ne le sommes pas)
Comment erre brigetoun — 20/10/2006 @ 3:42 pm
Brigetoun, si j’en réfère aux textes de Raymond Graffe qui accompagnent les photos de ce livre, vous avez raison, ces rites de tatouage contiennent également certains aspects de violence. D’abord, sur le plan physique, dont Graffe dit : “opération douloureuse mais supportable”. Je n’élaborerais pas plus avant au sujet des techniques employées, car j’en viendrais à tout retranscrire le texte -peu abondant- du livre, et ne suis pas sûre que, à ce point-là, ce soit légitime. À moins qu’on puisse m’assurer du contraire?
Par ailleurs, on nous raconte que le tatouage était traditionnellement (les traditions étant porteuses de violence à leurs manières, ne serait-ce que pour ceux qui les subissent, ou en sont exclus, pour des motifs de caractère arbitraire?) réservé aux classes supérieures. On en a recensé quatre types :
a. les tatouages réservés aux dieux, aux prêtres et aux Ari’i, héréditaires et réservés à leurs descendants;
b. le type Hui Ari’i, Arioi’i, réservés aux chefs (hommes et femmes);
c. le type Hui To’a, Hui Ra’atira, la To’ai, pour les chefs de guerre, les guerriers, les danseurs, les rameurs, etc.;
d. le type Manahune,pour les personnes sans généalogie ou sans ascendance héréditaire notable.
Quant à “cette forme du sacré atavique” que nous aurions perdu, je vais à nouveau laisser la parole à Michel Tournier :
J’ai rêvé jadis d’une certaine interprétation des premières lignes de la Bible que je veux rappeler ici. J’ai imaginé qu’Adam et Ève avant le péché originel n’étaient pas vraiment nus, mais couverts de signes, lesquels étaient paroles de Dieu. Ils ne travaillaient ni ne vieillissaient car leur vocation s’accomplissait dans ce rayonnement de la vérité divine émis par leur peau, comme certains oiseaux chantent spontanément la gloire du Créateur. Puis est survenue la rupture. Le péché a brisé l’acte divin. Dès lors le manteau de mots qui couvrait Adam et Ève leur fut arraché. Et ils se trouvèrent nus et honteux avec cette peau blanche et insignifiante. Leur fonction changea et au lieu de proclamer en silence et immobiles le Verbe divin, ils durent s’atteler à des tâches laborieuses. Leurs corps se couvrirent de cals et de cicatrices.
C’est en ce sens que la Polynésie peut-être appelé le Paradis retrouvé.
Bon, je ne suis pas convaincue que ç’aurait été si paradisiaque de se retrouver à “proclamer en silence et immobiles le Verbe divin” éternellement
, et la connaissance de cette tradition tahitienne montre qu’elle ne rend pas ce peuple invincible à toute souffrance pour autant, mais le rêve de Tournier a pour valeur, à mon avis, de redresser le sens perverti de la valeur du corps telle que vous m’avez paru l’évoquer en disant (votre formulation réjouit l’espiègle en moi) “que le passage des dieux au Dieu n’a rien arrangé” à l’affaire.
Merci pour ce commentaire et ces questions, Brigetoun, elles m’ont permis d’intégrer un peu mieux quelques notions en regard de cette culture et de la question du corps. Autrement, je crois que c’est Phil, commentateur chez Pierre Assouline, qui avait plusieurs fois fait allusion aux tatouages? Peut-être que lui saurait répondre plus avant à vos questions, mais je ne crois pas qu’il lise mon blogue… Sinon, d’autres connoisseurs de passage?
Comment erre Marie Danielle — 20/10/2006 @ 10:04 pm
MD, à propos de hénné, vous pouvez aller voir :
http://aixtal.blogspot.com/2006/11/lexique-enqute-chypriote-1.html
(Le rapport n’est pas évident dès le début du post, mais vous vous y retrouverez, j’en suis sûr.)
Comment erre Jean-Balthazar — 12/11/2006 @ 4:09 pm
C’est bien ce que je disais dans le com que je viens de poster auparavant, z’êtes un mammouth vous-même!
Comment erre Marie Danielle — 12/11/2006 @ 4:23 pm
Ne me faites barrir.
Comment erre Jean-Balthazar — 12/11/2006 @ 7:19 pm
Ah bon? Pourquoi, vous accoucheriez d’une souris??
Comment erre Marie Danielle — 12/11/2006 @ 8:00 pm
SI vous me traitez de montagne (flatteuse, va !), je vais devoir faire appel à l’Anna pure. Na !
Comment erre Jean-Balthazar — 13/11/2006 @ 3:45 am
À l’Anna pure?? Vous ne parlez pas de notre Anna, ou bien? Suis même allée fraire une recherche sur goût-gueule, mais elle ne s’est pas avérée très fructueuse. Bref, je ne saisis pas. Au fait, là je sais ce qu’est un mammouth français mais, un éléphant?
Sinon, là, j’ai une vieille chanson western en tête, chanté par feu Willie Lamothe, avec un accent plutôt nasillard, dont je ne suis pas parvenue à trouver les paroles sur la Toile, mais je vous laisse avec le refrain, adapté, ainsi que vous le verrez :
«La cowgirl fait le tour de la montagne, la montagne fait le tour de la cowgirl!»
Comment erre Marie Danielle — 13/11/2006 @ 2:08 pm
Na ! L’Annapurna [Google vous donnera un total d’environ 1 800 000 réponses pour Annapurna. (en 0,19 secondes)]
Faut tout vous expliquer, au jour d’aujourd’hui ?
Certains disent qu’ils ont vu des montagnes tourner autour de La Mecque, vous savez. Donc pourquoi pas autour d’une bergère ? Ça se tiendrait. Même une bergère à vaches. Elles sont vénérées partout, les vaches (sauf chez nous-les-Civilisés, c’est bizarre…)
Bon, allez, je vous laisse le mot de la faim.
Comment erre Jean-Balthazar — 13/11/2006 @ 2:48 pm
Bon, bon, voilà le mammouth qui montre ses cornes. Salsifis, que c’est susceptible, ces petites bêtes-là! Y aurait du Maître Capelo en vous itou? Ben, j’suis pas sortie du bois, alors!
Sinon, vous vénérez les bergères?? Ça vous rachète.
Mes synapses n’ont pas allumé assez vite, aujourd’hui. Pourtant, dès que j’ai lu Annapurna, ça a fait tilt! Ah la vache de subconscient, il m’a encore fait faux-bond! (ça doit être un taureau, tiens… va me falloir toréer encore… quand même, ça me fera une réserve de steaks pour l’hiver.)
Comment erre Marie Danielle — 13/11/2006 @ 3:05 pm