Mon pays
    
c ’ est    grand    à    se    taire
    
C’est  froid,  c’est  seul
    
C ’ est        long        à  finir,        à  mourir
    
ENTENDEZ-VOUS
    
les VENTS,
    
                                   les  p  l  u  i  e  s,
l e s   N         I         E                                  
 E         G        S
                  
          
           e t  l e s  fOrÊtS ? »

Claude Léveillée, Mon pays

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     Où vont les notes de musique, une fois jouées ?
     Peut-être vont-elles se loger dans le tissu de la mémoire de celui qui les a écrites et de celui qui les a entendues ? Peut-être se déposent-elles dans le cœur qu’elles ont touché, nourrissant ses pulsations rythmées, jusqu’à se fondre dans son sang, jusqu’à se faire chair, insufflant ainsi à l’être harmonie et chant ?

    Esquisses de réponses-qui-n’en-sont-pas et qui me sont venues depuis que, il y a une quinzaine de cela, je vous ai fait part de mon ravissement de voir surgir en moi toute la musique d’un album de Claude Léveillée. Un bonheur pour moi qui ne peux plus la faire tourner sur une table au fonctionnement devenu boîteux… Sa musique est donc en moi.

     Cette première question est la paraphrase d’une autre dont on attribuerait la paternité à William Shakespeare, ce dont Pierre Assouline avait dit espérer en avoir un jour la confirmation. Un vers, cette question dont la transmission fait l’effet d’une morsure qu’on aime à s’infliger : « Quand fond la neige, où va le blanc ? »

      Là où vont nos impressions, donc ?

      Me voilà dès lors obsédée de le réentendre, Claude, et d’évoquer ce qu’il représente pour moi. Et à nouveau. Heureusement, la BAnQ compte plusieurs documents disponibles à l’écoute, et tout un lot encore sur support papier. Aujourd’hui m’a trouvée immergée dans une sélection de compositions des Années 80 (musiques et chansons), et celles d’un livre sonore, Non-Stop le rebel. Des découvertes qui me confondent : comment ai-je pu ne pas vouloir tout connaître de lui déjà ?

      Eh bien, on n’en restera pas là, oh que non !

     Pour terminer, je vous livre ce poème que m’a inspiré le 2e disque du livre sonore, intitulé Les refuges du rêve, celui-là sans narration aucune, que la voix de Claude qui émet furtivement quelques sons rythmés à deux ou trois reprises. J’aimerais bien le lui dédier. Me faudrait lui écrire…

      Et ça s’intitule :

Le rêve du refuge

     

Où a-t-on caché la clef
La clef ouvrant le passage
Le passage vers l’emmuré
Vers ce qui n’est jamais né
N’a jamais pu naître
Verra-t-il jamais le jour
Ne serait-ce que pour
Voir la nuit ?
     
Où a-t-on caché la clef
Celle de la folie des hommes
Ce puzzle qui rend difforme
Cette violence qui nous casse
Et ce vide qui dévaste ?
Où a-t-on caché la clef !
Damné tour et sale passe-passe
N’en as-tu jamais assez ?
     
J’ai la nausée
Mon cœur demande à être vomi
Et les vautours guettent
     
Ô Amour !
Berce-moi de ta douceur
Et pianote sur mes heures
Prends ces nerfs qui font la guerre
Et qu’enfin ils se desserrent
Pour devenir à tout jamais
Les cordes
De ton corps violoncelle
Ô Amour, Amour…