:::::————« Je criais contre la vie ou pour elle. »————:::::
:::::—————- ANTIGONE, Henry Bauchau —————:::::


Voilà la juste expression du trouble des positions à tenir dans la fidélité à soi et au vivant, parole qu’Henry Bauchau avait mis dans la bouche d’Antigone et dont je m’étais emparée pour la faire figurer en pied-de-page, sur mon ancien blog, La Voix de la Carpe.

Dans la toute récente lettre de Remue.net, Ronald Klapka nous « invite à lire l’échange tout en finesse d’Henry Bauchau et de Yun Sun Limet ». Nous sont offertes des réflexions sur l’impact de l’écriture d’un journal; l’évocation du lien de Bauchau à la poésie; du surgissement de la forme que prendra l’oeuvre en germe; des tribulations auxquelles l’écriture a pu le soumettre; de l’influence indirecte de l’écriture sur le monde, de la différence de sa conception avec Sartre à cet égard :«…la beauté [y] est d’une extrême importance »; de l’intemporalité d’une oeuvre qu’il lie à une orientation spirituelle dont l’explicité n’est pas une nécessité; du besoin de prise de parole et du silence, bref, allez-y voir !

J’en retiens particulièrement ceci :

« L’art correspond aussi à une blessure. On a été blessé quelque part, et par l’art on arrive à exprimer à retrouver ce qui était perdu, une partie, pas plus je pense. Presque tous les artistes sont passés par des épreuves diverses. L’art est un moyen de traverser ces épreuves et de les transmuer dans quelque chose d’autre. Disons que la plupart des gens n’ont pas ce besoin. »

C’est dans l’anticipation d’un grand bonheur de lecture que j’attendrai son prochain recueil de poèmes, Nous ne sommes pas séparés. Un écho, comme le souligne Yun Sun Limet, à « La Déchirure et son “on peut vivre dans la déchirure, on peut très bien” », ce à quoi répond Bauchau : « je continue à penser que la déchirure existe, qu’on peut vivre avec elle et qu’elle ne peut jamais tout à fait s’effacer. »

Mais, plus que tout, et cela ce sont des préoccupations et convictions cruciales (en caractères gras) pour moi, je m’empare de :

«YSL : Et l’expérience de Lionel, votre patient psychotique, qui est devenu artiste peintre et qui est au centre de L’Enfant bleu ?

HB : Mais quel long travail ! quelle lutte ! pour lui, quelle patience et quel travail pour moi ! Si on appliquait à ça le langage du monde moderne, on devrait dire : mais ce n’est pas rentable ! Ce n’est pas rentable de consacrer tant de temps à une seule personne. Mais si une seule personne est une valeur qu’on ne peut pas mesurer, oui, cela vaut la peine. C’est la société qui ne peut pas le faire. Pour moi et pour Lionel, cela a été une chance que la société nous a mis en situation de pouvoir le faire. Mais avec combien d’allers et de retours, combien de régressions. Cela représente un travail de quinze ans tout de même…
»

Arrêtez-vous sur cette assertion « …une seule personne est une valeur qu’on ne peut pas mesurer… ». Imprégnez-vous-en. Tous ces possibles en chacun, à faire advenir !

« …une seule personne est une valeur qu’on ne peut pas mesurer… ». S’en imprégner. Pour que la vie éclate en soi et autour de soi.

Lire Bauchau.