La lumière de George Haldas, après la lumière du Nord de Staël.


« Faire briller dans l’ombre, comme une bougie toujours, la lumière de la fidélité. »


Nécessité d’un rappel.
Publiées l’an dernier sur un ancien blog, je reprends quelques notes d’écoute d’un entretien entendu sur radio France Culture avec l’homme de lettres George Haldas. Sauf du fait qu’il me semble se situer principalement sur le plan de la foi chrétienne, son propos remporte majoritairement mon adhésion.


Georges Haldas : « Je vis dans un désert. Tant mieux, rien de plus propice à la parole.  »

« Je ne veux disqualifier personne, je dis simplement que je n’ai pas tendance à fréquenter d’autres écrivains. Je respecte ce qu’ils font, mes réactions sont à leur égard ce qu’elles sont. Je préfère être en contact direct avec les gens qui m’inspirent sur les choses fondamentales de la vie, comme on dit un peu sottement « les gens de tous les jours », les gens dits « simples » qui ne le sont absolument pas, chacun est d’une complexité extraordinaire parce que chaque personne au monde est un trésor, est une particule finie habitée par l’Infini, et que par conséquent on n’est jamais assez attentif.  »

« Alors, la spécialisation de la littérature n’est pas mon affaire. J’ai remarqué souvent chez les gens qui écrivent ou qui prétendent écrire un très grand égocentrisme, une préoccupation obsessionnelle de ce qu’ils font ou ne font pas, c’est leur affaire. Ça me gêne parce que ce qui est important quand on veut dire quelque chose, pas la littérature, je me fous éperdument de la littérature, ce qui compte, c’est la vie de chacun, dans la mesure où chacun est confronté à cette chose essentielle qui est le peu de temps qu’on vit sur terre et puis cette grande inconnue qui est la mort à partir de laquelle tout se définit et tout prend sens.  »

« Alors voyez-vous peu m’importe les milieux littéraires, peu m’importe les modes, peu m’importe tout ce qui est du goût du jour, ce qui compte c’est ce qui touche tout le monde dans sa vie la plus intime, la beauté des choses à laquelle beaucoup de gens sont sensibles que je ne peux jamais séparer de la souffrance humaine. C’est cette ouverture à la vie dans sa partie visible et dans sa partie invisible comme est le cosmos, que j’essaie de réfléchir et que je dis ce que je sens.  »

« Vous savez la parole de la poésie, que vous soyez croyant ou pas, peu m’importe, sur le plan du Christ, ce qu’il y a de commun entre les deux, sans qu’il y ait parallélisme bien sûr, c’est que, dans l’état de poésie, vous dites : je dis ce que je sens, je cherche ni à persuader ni à informer ni à enseigner ni à influencer personne, je dis à vous d’adhérer ou de ne pas adhérer, et ce qui me touche beaucoup, comme il m’est arrivé de lire les Écritures, c’est que le Christ dit « La Loi dit…, mais moi je vous dis…», et il dit par exemple « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Il ne vous dit pas choisissez entre Dieu contre César. C’est à vous de vous définir par rapport à ce que je dis. C’est une parole chez lui de liberté, et sur un tout autre plan, tout humble, le plan de l’état de poésie, c’est la même chose, on dit, que ça plaise ou que ça ne plaise pas, peu m’importe, chacun adhère ou n’adhère pas, et c’est ça l’essence d’une parole de liberté. »

Q. Vous dites qu’en état de poésie, vous vivez dans une solitude à la mesure de la relation que vous entretenez intérieurement avec les autres hommes. La preuve, c’est que tout ce que vous écrivez les concerne, même s’ils n’en ont pas connaissance…

G. H. : « Oui, mais naturellement, parce que le travail de l’état de poésie, c’est de descendre précisément dans les profondeurs de l’être que tous ont. Tous sont habités par des choses fondamentales, sans même en avoir conscience. Simplement je ne fais grief à personne souvent de ne pas réfléchir, d’aimer se divertir, ça je ne veux pas faire le moraliste à bon compte. Mais je veux dire que, quand vous êtes plongé dans les choses essentielles, et comme je l’ai dit tantôt, face à l’énigme de la vie, car enfin nous sommes immergés dans une énigme fondamentale, et ma préoccupation est à la fois métaphysique et aussi poétique, forcément, et même d’ordre religieux, c’est que nous vivons dans un univers dont nous ne connaissons ni l’origine ni la finalité qu’on peut peut-être pressentir et alors ces questions fondamentales elles concernent chacun. »