« Chaque tableau de Staël est un aspect de l’autre face de la réalité, de ce monde en gestation où le minéral et le végétal s’interpénètrent et rompent mutuellement leurs structures et leurs rythmes.

[…]

Je ne crois pas être trop hasardeux en découvrant dans l’œuvre de Staël l’évènement le plus important dans l’art d’aujourd’hui depuis le cas Picasso et l’un des faits déterminant la raison d’être actuelle de la peinture. »

Roger Van Gindertael
in Le Journal des poètes
juin 1948

[Après la mort de Jeannine, début 1946]
Staël reste dans un immense isolement. À son ami Jean Bauret qui se propose de venir lui rendre visite, Staël répond : « Vous êtes bien gentil. N’ayant pas d’imagination et ne pouvant un seul instant vivre de souvenirs, je suis tellement bloqué et pesant de tout cela que j’aurai vraiment quelques sacrés kilos à vous passer si vous venez me voir par amitié, j’en ai vraiment pour vous et cela me contrarie. »

Cette lettre, écrite dans le désespoir, révèle la personnalité du peintre, qui ne vit pas de souvenirs ni de représentations. Son oeuvre est toujours en devenir, tendue vers un futur. La mort de Jeannine a éveillé un sentiment de précarité et d’accélération du temps.


« L’atelier de Staël tient du puits, de la chapelle et de la grange par ses proportions démesurées, sa blancheur austère et son atmosphère d’activité intense, mais recluse. Les visiteurs qui, non prévenus, y pénètrent se trouvent dès le seuil en perte d’équilibre, leur habitude de voir se trouve déjouée, quelque chose en eux se dégonce, et les plus prompts au commentaire se trouvent momentanément à court de mots. »

Patrick Waldberg
Transition Fifty
nº 6, 1950

Extraits de Nicolas de Staël. Une illumination sans précédent. Par Marie du Bouchet, Découvertes Gallimard, 2003.