28/12/2005 5:38 pm
(Le texte qui suit est une lettre que j’ai adressée aujourd’hui aux courriers des lecteurs des journaux La Presse et Le Devoir (mais sans les liens inclus à la fin). Dans l’incertitude de sa publication, et parce que plusieurs d’entre vous n’ont pas accès à la presse d’ici, je le publie donc dans mon espace.)
Début décembre, une situation à figure de contrainte
s’est avérée exercer sur moi une impression
franchement inattendue.
Un papillon qui aurait
osé faire escale
en se posant sur
l’un de mes doigts
n’aurait pas laissé plus
délicate trace. Une trace légère dont je
souhaiterais conserver vive et mouvante l’empreinte…
Début décembre donc, je rejoignais pour la première fois les rangs des quelques 800 milliers de personnes fréquentant mensuellement les comptoirs alimentaires canadiens. La gêne financière des demandeurs que j’ai croisés là se doublait parfois d’un sentiment d’humiliation qui leur faisait le regard fuyant. Peut-être se triplait-elle également d’une colère étouffée par l’impuissance ou pire, d’un triste abattement.
Besoin essentiel s’il en est un, tout comme l’eau, l’accès à la nourriture compte pourtant parmi les Droits fondamentaux de l’Homme, droits lâchement bafoués de façon chronique. C’est là une atteinte à la dignité humaine inadmissible, et il est hors de question pour moi de me retrouver couverte du manteau de la honte du fait de mon incapacité actuelle à subvenir adéquatement à ma subsistance.
Le comptoir où je me suis présentée fait partie des différents services chapeautés par le Service de Nutrition et d’Aide Communautaire. Là, employés et bénévoles se font maillons d’une chaîne de solidarité entre un organisme tel que Moisson Montréal, qui leur fournit des provisions, et les gens qui sont dans le besoin. J’y ai été reçue avec respect et cordialité, et pendant que la responsable à l’accueil évaluait ma situation et mes besoins, deux autres personnes s’affairaient à remplir pour moi un grand sac d’épicerie des victuailles disponibles.
Ce grand sac, il m’a fallu le diviser en deux tellement il était lourd et compact : trois gros oignons rouges, des pommes, des pommes de terre, une laitue romaine, un repas surgelé, un emballage de mini- muffins aux bananes, une grosse miche de pain de blé entier ainsi que deux baguettes de pain, deux yogourts aux fruits… J’en oublie, peut-être. Évidemment, les produits ne sont pas de la plus grande fraîcheur quoique encore bien comestibles, et ceux portant une date d’expiration indiquent celle du jour, mais on s’arrangera pour en tirer le meilleur profit.
Si j’ai tenu à vous communiquer cela, c’est à cause de ce que j’ai éprouvé au moment d’apprêter ces aliments et de les manger : jamais nourriture ne m’a semblé plus vivante. Et fortifiante. À cause de tous ceux dont les battements de coeur ont animé leurs bras et leurs pas afin de soulager la faim d’autres qui, souvent, ne parviennent même plus à boucler une ceinture déjà bien serrée. Je les imaginais, et cela me mettait en joie, en dépit du reste. Mais pourquoi à ce point, et pourquoi dure-t-elle encore en moi, sans que j’aie même à l’évoquer consciemment ?
Il m’a fallu y réfléchir. Et j’en suis venue à mesurer l’ampleur du sas par lequel la marchandisation de la nourriture la fait passer jusqu’à lui ôter tout le sens de la récolte des fruits d’un travail vital à la survie de chacun. Ma joie s’apparente ainsi à celle éprouvée lorsque nous allons dans un marché public où maraîchers et cultivateurs se rendent de bon matin avec leurs produits frais. Elle est aussi de l’ordre d’un bon repas pris en plaisante compagnie au restaurant, ou mieux encore lorsqu’il est préparé par des proches et partagé avec eux, qu’ils soient de la famille ou des amis chers.
Mais, plus précisément encore, ma joie est issue de l’expérience d’un don totalement gratuit que m’ont fait des gens inconnus, et cette lettre en est une de remerciement et de reconnaissance à leur égard. Toutefois, si je me devais de leur rendre ce témoignage, je ne peux pas non plus occulter qu’à l’heure où la richesse mondiale suffirait à nourrir la population de notre planète et à lui assurer un mode de vie décent, cela demeure absolument scandaleux qu’il n’en soit pas ainsi.
Marie Danielle
Montréal
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Pour plus d’informations :
— au sujet du très réel problème de la faim au Canada :
L’Association canadienne des banques alimentaires (ACBA) ;
— des statistiques récentes (document PDF) ;
— au sujet du Programme Alimentaire Mondial (le PAM est une organisation humanitaire mondiale oeuvrant de concert avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Fonds International du Développement Agricole (FIDA)).




malgré l’ocean qui nous sépare, je vois que l’on peut vivre la meme chose…Personnellement, j’ai aussi beneficié de ces dons, et je prefère les considérer comme des prêts, car j’espère bien pouvoir rendre la pareille à quelqu’un un jour…courage !!!
Comment erre benoit — 28/12/2005 @ 6:43 pm
Ton texte est très beau, très émouvant, et sera certainement publié. Que te revienne la santé…
Comment erre Choubine — 28/12/2005 @ 7:00 pm
-> Benoit : il y a toutes sortes de manières de rendre, ma lettre en ferait un peu partie déjà si elle devait être publiée. J’essaie de trouver comment contribuer socialement selon mes moyens si possible. Mais, ayant reçu beaucoup de support ces derniers temps, j’aurais encore bien des textes à écrire pour en rendre compte, ou bien des dettes à rembourser qui pourraient prendre différentes formes.
Enfin, nous voilà solidaires, toi et moi ! Merci de tes encouragements…
-> Merci Line ! Quant à ma santé, tout n’est pas encore sous contrôle, mais il semble que je ne cesse de prendre du mieux et que la vie commence vraiment à reprendre un tour bien plus normal. Ça dispose un coeur à la Fête, ça c’est sûr !
Comment erre Marie Danielle — 28/12/2005 @ 7:38 pm
Salut Maridan’
T’es un phénix? Sans doute hein? Je suis tombée ici par mes stats. Je ne savais pas que tu étais de retour. Comme tu l’as fait de manière très discrète, je ne sais pas si un lien vers chez toi serait le bienvenu.
En ce qui concerne ton texte, je connais. Je sais aussi à quel point il est difficile de se décider à entreprendre les démarches qui nous mènent là parce que l’orgueil nous pousserait davantage à nous laisser mourir de faim plutôt qu’à admettre notre impuissance à nous nourir.
Mes meilleurs voeux pour l’an 2006.
Que la santé soit avec toi.
Mathilde xxx
Comment erre mamathilde — 29/12/2005 @ 2:36 pm
Sa Mathilde, t’étais passée les premiers jours (ah ce que nous révèlent les stats !), mais faut croire que j’étais méconnaissable pour que tu ne m’aies pas reconnue alors ? Enfin, si je suis un phénix, je ne dois pas avoir gardé le souvenir d’être passée au feu ! (Hé hé !)
Quant à faire la démarche vers un comptoir alimentaire, ça ne me gênait pas, et si j’avais su, j’y serais allée bien avant ! Quoique, y aurait eu bien des fois où j’en aurais pas été capable physiquement.
Au sujet d’un lien, ma noire, tu vois bien que je ne me suis pas gênée pour qu’on se rende dans tes ailleurs à partir de chez moi, alors reviens creuser ta soif ou boire un coup quand ça te le dira…
Amitiés,
Maria Daniella sans Sancho Pança
xx
Comment erre Marie Danielle — 29/12/2005 @ 3:44 pm
Voilà donc preuve que l’on ne reconnaît pas facile Dame Maridan’… Et Loup maintient qu’un style, c’est bien, que l’on reconnaisse au comptoir d’un abreuvoir où, à la langue, on retrouve plaisir à entendre genre de phrases qu’on n’avait plus entendu depuis quand, c’est bien, et peut-être le fait que l’on sache que telle ou telle (langue) peut s’y trouver ou s’y retrouver, c’est aussi bien, bref, manger est une nécessité et un plaisir, l’honneur ne se joue pas dans de telles contingences (à la con), Loup pense que, président, il autoriserait le vol à l’aise en cas de dalle, et pense aussi La Soif bien courageuse,
Autant que faire se peut, que l’année soit bonne !
Ps : inscrirai sans demander, Loup incorrect, le lien de Madame au mur de notre nouvel appartement Pan!, rue Typepad.Com.
Loup certes myope
Comment erre Loup Où ? — 30/12/2005 @ 12:01 am
Alors Loup a maintenant sa propre tanière, où il vit avec sa Louve, et ça n’a pas été long qu’ils ont fait des petits. Et je pressens qu’ils ne cesseront de se multiplier. Ici, Loup se dit myope, mais alors il doit posséder le 3e oeil, parce que ses “Déclin(s) d’Oeil” chez Bob l’inquiet dénotent une vision claire.
Merci pour les voeux, tout autant pour Loup et Louve, et puissent les Pan-Pan atteindre leurs cibles en plein coeur…
Comment erre Marie Danielle — 30/12/2005 @ 12:06 pm
J’y croyais pas trop à l’effet du battement d’ailes de papillons. Maintenant oui. Ton battement de coeur là-bas vient de faire un séisme, ici, dans la salle d’armes du château. Fernand balaye tous les bibelots tombés pendant la lecture de ta note et on a le blues. Alors on se dit qu’on est là (pour nous rassurer) avec nos histoires futiles, nos rigolades. On est là sans être las. J’aimerais faire un truc pour toi, un truc forcément rigolo. Mais quoi ? Réfléchissons… Avec la tête mon bon, avec la tête.
- pardon patron.
Comment erre Hrundi — 30/12/2005 @ 5:50 pm
Oh la la, un séisme ? Heureusement — sauf présomptueuse erreur de ma part — les bibelots d’une salle d’armes doivent, pour la plupart, être de métal, voire de marbre et peu d’une délicate porcelaine, ou me trompe-je ?
Faire quelque chose pour moi, Hrundi ? Mais tu le fais déjà avec tes “rigolades”, des rigolades qui ne sont pas celles de la vacuité prégnante de notre époque, et qui n’apparaissent sûrement pas futiles ni à moi — preuve en est de mon assiduité — ni à tes autres lecteurs (à moins que tu ne gonfles ton compteur de lectures, ce que je ne crois évidemment pas !). De têtes ou de miroirs, faites vos jeux !
Comment erre Marie Danielle — 30/12/2005 @ 6:50 pm
Non mais je dis salle d’armes pour attirer de virils blogueurs, mais il ne s’agit que d’une salle drame (Fernand à déplacer l’r avant de s’enhumer). De toutes façons, les bibelots étaient dramatiquement moches.
Comment erre Hrundi — 30/12/2005 @ 8:58 pm
Attirer de virils blogueurs ?!? De découvrir que cela était bassement intéressé me chagrine, Hrundi… Enfin, y a pire. Mais, me distinguant clairement de vous à cet égard, je vous dirai donc que vous devriez peut-être éviter ce maraudage car il pourrait vous attirer de gros ennuis. Vous ne voyez pas ce dont je parle, hein ? Eh, songez à toutes ces super nanas que vous photographiez et exposez sur votre blog et réfléchissez un instant à tous les duels auxquels vous pourriez vous trouver convoqué si de virils blogueurs venaient en force vous faire compétition !!
Vous voilà beau, là, hein ? Et moi de me marrer, hi hi ha ha ho ho ! (vous me remercierez + tard d’avoir participé à attirer ces virils blogueurs en parlant de super nanas…)
Comment erre Marie Danielle — 30/12/2005 @ 10:50 pm