19/12/2005 6:48 am
Para Mnêsis
I
Ah ! Muse anténatale
Ah ! Muse antéfixe
Aubade veine reine
Eaux dia-ozalid
I am ! I am !
II
Déité tutélaire
Décadente cathode
Cocon-soie voie devers
Codicille obsolète
You were… You were…
III
Matris alter ego
Matrices différentielles
Source ignée d’Or et d’Ailes
Soufflets de la Nef d’Ève
You and I ~ You and I
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un vers m’a particulièrement interpelé : “Eaux dia-ozalid”. Sa musique est superbe. Mais je n’en comprenais pas le sens. Non pas que ça soit nécessaire de tout comprendre, de tout nommer, de tout expliquer. Mais enfin, là, je voulais savoir. C’etait trop mystérieux, comme devant une chambre fermée à clé, je voulais regarder par le trou de la serrure. Je ne connais presque rien au monde de l’impression, mais le procédé de diazocopie a l’air fascinant : contrairement à la photo, l’image est formée par “destruction” : là où la lumière frappe, elle détruit les sels diazoïques du papier ozalid. Diantre ! Le vers n’en est que plus beau.
Comment erre procrastin — 20/12/2005 @ 2:01 am
Oh la la… Vous m’intimidez, Procrastin, et en même temps, … me ravissez ! Je me souviens très bien de l’état qui m’a habitée en écrivant ce poème. Qui a eu pour départ un banal jeu avec les syllabes de mots quasi insignifiants “Amusante et fixe”, vous voyez ? En le transformant en “Ah ! Muse antéfixe”, ça a été comme si j’avais ouvert une écluse. Dont j’ai senti qu’il me fallait harnacher l’eau. Et puis comme si les Principes de Vie et de Mort avaient été convoqués, jetant une certaine lumière sur l’Origine (intimement liée à la mienne et à celle qui m’a donné vie), puis justement sur ce Passage, ce transfert de la vie elle-même composée de négatif et de positif, mais avec des valeurs renouvelées quand on l’éclaire de ce qu’elles sont justement en photographie ou ici en reprographie, ce qui m’a fait entrevoir qu’une mise au monde était la reproduction d’une écriture particulière à la fois même et autre que celle dont elle provient. Il y a plusieurs temps, moments, thèmes et mouvements dans ce poème, et c’est votre écho musical qui me fait actuellement insister sur celui du liquide vital soumis à divers processus dans le développement d’une vie spécifique. Parlant du jeu des syllabes, il est clair que ma pensée n’était pas toute réfléchie d’avance au moment de l’écrit, et à force d’écrire un peu de poésie ces deux dernières années, je commence à comprendre ce qui se passe, comment cela se fait. Je sens un rythme que je ne saurais définir que je sais devoir tenir. J’intuitionne une direction, une vision à saisir, à suivre, un son qui me semble s’accorder à une pensée sentie (ou un sentiment à articuler). Parfois c’est une violente fièvre, ou une douceur, ou une douleur qui demandent à être dites. Il arrive que ça m’épuise, mais toujours c’est, ben en fait je réalise que ce doit être ça, accoucher !
Oh la la [bis] : tout ça pour dire que si votre commentaire m’intimide, c’est dû au fait que, ne maîtrisant pas un savoir scientifique à votre manière, mon rapport à diverses notions que j’intègre souvent élémentairement (voire parfois + ou - justement, mais je m’autorise une appropriation aux fins du poème qui se développe) est un rapport parfois superficiel, parfois essentiel, un rapport très variable, mais qui “colle” avec ce que je poursuis en écrivant. Ici, par exemple, les eaux/amniotiques associées aux bains alcalins (une petite recherche rapide sur google : http://72.14.207.104/search?q=cache:I0ccs6W-vscJ:aleph2at.free.fr/glossaire/diazocopie.htm+diazocopie&hl=fr&lr=lang_fr ), et l’élément dia, au sens de “à travers”, et ozalid, trouvé par “hasard” mais qui rappelle encore les “eaux” par son son, et dont je me suis emparée à cause de l’effet de gravure, des eaux qui traversent nous gravant… (avec le concours d’un tas d’autres éléments, of course). Et, dans tout le poème, le jeu des assonances et allitérations, l’entrechoquement de sens aussi parfois. (Salsifis ! si je m’attendais à vous raconter tout ça !)
Et qu’est-ce qui m’a ravie, vous demandez-vous à la fin ? Voyez-vous, pratiquement tout ce que j’ai écrit jusqu’ici n’a pas passé le cap de l’audition. Je sais qu’on “doit” se lire à voix haute, lorsqu’on écrit. Je n’arrive pas à intégrer ça, et la plupart du temps, je n’y pense même pas. J’entends “en dedans” (ce qui n’exclut pas que je puisse fausser !), et les quelques fois où j’ai tenté de dire à voix haute en même temps, je me suis aperçue que ça me distrayait trop, que je perdais le/les fil/s, alors j’ai renoncé à le faire. Et ce soir, c’est comme si je vous avais entendu chanter “Eaux dia-ozalid”, et que je me suis dit, mais c’est qu’il a raison, ça sonne superbement bien. Donc, merci de votre bel écho musical…
Par ailleurs, ce retour et cette brève étude que vous avez provoqués m’ont vraiment permis de replonger dans l’état d’alors, de revoir les mondes qui s’étaient entrouverts, et je me rends compte qu’il y aurait là une ou plusieurs mines à creuser. Et puis il y a le monde de la gravure avec lequel j’aimerais énormément me familiariser un jour. Poli par une curiosité émerveillée et teintée de plaisir, votre galet a suscité bien des ronds dans mon eau, mister !
Sur une autre note, le poème initial, écrit il y a mmm un an ?, ne comprenait que les deux premières strophes. La 3e strophe n’était pas prévue. Elle a trouvé son impulsion dans un événement tout récent. Réouvrant le poème, et qui en appellera possiblement d’autres (strophes).
Comment erre Marie Danielle — 20/12/2005 @ 3:55 am
Encore moi. Pour dire que c’est bien la première fois que je me prends à parler de ces choses-là et de cette manière-là. Sans savoir si c’est d’un quelconque intérêt pour vous, et d’une telle longueur ! J’espère que ça ne vous sera pas d’un trop grand ennui (pour les petits… j’ai l’esprit de largesse, hi !)
Comment erre Marie Danielle — 20/12/2005 @ 4:11 am
houla oui, en effet !je vois que mon commentaire a fait écho chez toi. Et non, ton commentaire n’est vraiment pas ennuyeux. Bien au contraire. Je le trouve extrèmement sensible, très “vrai” sur ta manière d’écrire. J’aime aussi beaucoup cette grande liberté par rapport aux mots et aux sens pour ouvrir des portes secrètes. C’est un vrai don. Que je n’ai pas malheureusement, je suis beaucoup trop cartésien.
Comment erre procrastin — 20/12/2005 @ 11:07 pm
Mince alors, j’en avais oublié qu’on avait commencé à se tutoyer !
Quant au “don”, je ne sais pas. Je pense que c’est par mimétisme que j’ai commencé à jouer de la sorte, et je pense que le jeu est accessible à tous, ensuite se révèleront les intérêts, sensibilités et… talents. Te connaissant comme un cartésien ludique (y a qu’à voir ton carnet lui-même, et ta semsibilité photographique), je ne suis pas si sûre que ce te soit absolument hors d’atteinte.
Quant à la liberté, c’est en lisant des poètes et des écrivains que je découvre à quel point on peut s’octroyer (presque) toute licence (il faut tout de même connaître les règles langagières si on ne veut pas faire n’importe quoi), et que, tellement bien moulée dans certaines formes, je n’aurais jamais soupçonné qu’on pouvait en sortir…
Comment erre Marie Danielle — 20/12/2005 @ 11:45 pm