Être une femme libre*, cela équivaut-il systématiquement à se retrouver sur la paille ? Voilà où je m’en trouvais de mes délibérations existentielles lorsque le Marquis donna signe de vie. Lui à qui, je me dois de vous le dire, le désert donna vie (avec, évidemment, tout le tralala dévolu à de telles circonstances, c’est-à-dire que sa naissance fut précédée d’une voix projetant les plus Ôkris de sa mizabah) tenait à m’assurer que ma poïkilothermie ne lui faisait ni chaud ni frette.

Son charme français (comment ? mais bien sûr que si, des Français dans le désert, ça se trouve, relisez l’histoire coloniale quoi !), donc, parlant de son charme français, j’allais dire qu’il opéra sur moi comme sur une Carmen aux abois — pléonasme, s’il en est, car comment se pourrait-il de concevoir autrement qu’aux abois une Carmen, une meute étant toujours à ses trousses ?

Enfin, entre bonnes gens de la cour, point de salamalecs. Mais des manières, ah si ! Prétendument bonnes, il va de soi, comme il en va des tissés-serrés motifs sur lesquels s’asseoient la royauté, les élites et tous les bachi-bouzouks de ce monde. Bref, le Marquis m’annonçait sa venue pour la NoWell et demandait à ce que nous nous rencontr’âmes. Sans tambours ni trompettes, simplement avec son grand manteau qu’il m’a confié craindre de le voir déchiré par les Reines. Ah tiens, me dis-je, ce serait là une moeurs italienne ?!?

Le Marquis vient, le Marquis vient ! me répétais-je au rythme de mon coeur affolé et réjoui. Et me voilà, Baronne, à nouveau sur la paille, faisant de l’or mon lit, entre le boeuf et l’âne n’ayant de cesse de me myrrher et de m’encenser chaudement ! Ah ! Dom Mage, j’ai enfin tout pigé, m’écriai-je, mon Sauveur est ‘pataphysicien ! C’est bon, c’est bon, puisqu’il le faut, je vous le rends, contre âme.

*Étymologie, dans le Petit Robert :
BARON, ONNE n. — Xe; frq °baro « homme libre ».
–> Donc, la femme itou, mon pitou.

NDLR : le premier à reconnaître publiquement mon titre de Baronne fut Sir Hrundi.