07/12/2005 1:20 am
Je viens de vivre une journée profondément agaçante. Rendez-vous compte : mon bon pied s’est volatilisé durant mon sommeil ! Pschitt, disparu ! Oui, oui, je sais, il y a déjà un bon moment qu’il manifestait des signes de lassitude, s’étant senti particulièrement inutile ces derniers mois, mais je ne pouvais rien y faire, la guigne s’était accrochée ferme sur le mauvais et j’ai eu beau tout essayer pour la déloger, même l’ultime traitement d’interminables chatouillements de mon boa de plumes n’y a rien fait. Ou plutôt si, ça a nourri mon humour noir. Bon, l’humour noir, c’est bienvenu lorsqu’on a un con sous la main à qui remettre ses bêtises, sinon au p’tit dej’, c’est tout aussi ulcérant que des rôties brûlées.
Faut que j’vous raconte. J’ai vu rouge dès que j’ai ouvert les yeux. Non, pas le sang, je ne l’ai pas vu tout de suite, non, j’ai vu rouge parce que mon réveille-matin n’avait pas sonné et que je me retrouvais très en retard. Tellement que ça ne valait plus la peine que je me grouille. Raté, le rendez-vous. Et les conséquences, sacré nom de…, les conséquences !! Et puis j’ai commencé à ressentir une sorte de serrement à la cheville. Me redressant, je vis mon édredon taché de sang. J’ai repoussé les couvertures, et là, j’ai vu l’extrémité de ma jambe droite bien garrottée — de la vraie belle ouvrage, ah ça, y a pas à dire, on a fait montre d’une très grande dextérité ! Ça m’a rendue furieuse. Ça n’aura donc jamais de fin ! hurlais-je. Mais qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça, encore ?!? récriminais-je de plus belle.
J’ai vite retrouvé mon sang-froid. En fait, j’en avais très peu perdu. Heureusement, je ne suis pas le genre à m’épancher longuement, c’est vrai, côté coagulation, je prothrombine à volonté. Autre avantage — et je vous livre là l’un de mes plus intimes secrets —, je suis poïkilotherme. Résurgence, à ce qu’on dit, d’une métamorphose bâclée par le Grand Farceur. Moi je pense qu’Il a surtout voulu se payer ma tête en faisant la belle part, dans ma boîte osseuse, au cerveau reptilien. Ne manquerait plus que l’amputation de mon autre pied pour que ma nature finisse par s’accorder parfaitement. Eh bien non, moi vivante, il est hors de question que je rampe ! Ouais. Sauf que ça me fait une belle jambe tout ça, en ayant déjà un pied dans la tombe…
Vous en conviendrez sûrement, en de telles circonstances, on ne se remet pas sur pied si prestement. À moins que ce ne soit sur le pied de guerre. C’est donc armée de tout mon courage et d’une canne que je me suis rendue à la clinique d’urgence. La salle d’attente était si bondée que je me suis retrouvée acculée au pied du mur à devoir faire le pied de grue. Au bout d’un moment, j’en ai eu marre et j’ai voulu lever le pied… et me suis ramassée par terre ! La foule s’est affairée autour de moi, puis deux infirmiers sont intervenus. On m’a fait m’étendre sur une civière, et au moment où j’allais sombrer dans l’inconscience, j’entendis : «Elle était devenue la proie de ses lecteurs, chacun voulait prendre son pied…».
NDLR : Ainsi se trouvent punis ceux qui prennent toujours tout au pied de la lettre, à tout prix : ils finissent par se faire conter des histoires abracadabrantes !




tant que les lecteurs ne bottent pas ensuite en touche, l’honneur est sauf !
Comment erre procrastin — 07/12/2005 @ 4:53 pm
Sauf, l’honneur de l’auneur* que vous êtes l’est, très certainement. Vous savez tirer votre épingle du jeu fort habilement, sir !
*Je me suis autorisée ce néologisme, quoique vous et moi ayons convenu déjà que le terme aune souffrait de désuétude.. Selon mon Petit Robert (2000), il n’est toutefois pas encore rangé parmi les archaïsmes, sinon… j’aurais alors fait un néoarchaïsme, mais est-ce dieu possible ?!?
–> Dear, et si l’on se tutoyait ? Et puis je reviendrai sur la question du temps chez vous, mais là tout de suite, j’en manque…
Comment erre Marie Danielle — 07/12/2005 @ 6:00 pm
le roi des aunes ? pourquoi pas… Et puis quitte à massacrer encore un peu plus la splendide erreur traduction (faite par Charles Nodier qui s’en mord encore les doigts dans sa tombe) du “Erlkönig” de Goethe, allons-y gaiment !
Quant au tutoiement les codes et usages sont délicats à manier. Le passage du vouvoiement au tutoiement dépend de critères socio-culturelles extrêmement complexes. Mais tout cela est d’un pénible. Soyons jeune, soyons fou. Au diable la varice ! Roulons-nous dans les foins et disons nous tout, heu… tu !
Comment erre procrastin — 07/12/2005 @ 7:08 pm
(vous avez des contacts avec les morts, vous ? brrrr !)
Dear Procrastîne (^/e pour la sonorité accentuée à la British, of course),
Vous préservez encore votre honneur, même en portant atteinte au roi, mais il en eût été bien autrement si vous aviez élidé le “l” de la racine latine dudit arbre, ouh la la !
J’ai donc maintenu le vouvoiement, le sujet (du roi ?) s’y prêtant, mais l’éternuement qui point au bout de ma péninsule titillée par les foins nous mettra tous les deux rapidement sur la paille et alors c’en sera fait du vouvoiement monarchique rechaussant les distinctions de rang. La baronne a beau être une femme libre, les titres l’insupportent souvent, et justement PARCE qu’elle est libre.
Dites, danse-t-on le menuet à la cour élisabethaine ? Si cela s’avérait, et qu’on m’y invitât, je ne serais alors ni à tu ni à toi mais à vous… (tu vois où l’incitation à la folie mène ? sachons donc nous en garder ! Enfin, tout n’est jamais que littérature (insiste-je))
Comment erre Marie Danielle — 07/12/2005 @ 10:36 pm
Diable, que je suis heureux de me ballader à nouveau dans vos pages (saumons).
- Et moi, patron ?
- ben, quoi, et toi ?
- Suis heureux moi aussi patron d’être là.
- Tu as raison , mon bon.
Comment erre Hrundi — 08/12/2005 @ 12:17 am
malheureusement, je ne suis ni Lord Procrastin, ni Grand d’Espagne (ni grand tout court d’ailleurs), alors les raouts royaux, je les découvre dans les tabloids, comme le commun des mortels… What a pity !
Comment erre procrastin — 08/12/2005 @ 1:58 am
Le pied de biche étant à l’oeil ( de biche,parce que pour le “pied à l’oeil” vous pouvez toujours repasser, c’est pas la St gratis , Maurice )bref (bref?) (Tiens ? une nouvelle parenthèse !) Bref: le pied de biche étant à l’oeil de biche ce que la pince est à mon Seigneur je ne sais plus ce que je voulais dire ,(de toutes façons : je ne faisais que passer),(tiens? Encore une part en thèse, on se croirait à la Sorbonne ), (et puis il est tard, je retourne me coucher ), (la première fois ça n’a pas marché )
- qu’est ce qui n’a pas marché ?
- Ben ce soir j’arrive pas à dormir et ça me casse les pieds.
- Si t’as les pieds cassés : normal que ça puisse pas marcher.
- Laisse tomber les moutons : compte les mille-pattes.
Amications encyclorthopédistes
dB
Comment erre di brazza — 08/12/2005 @ 3:09 am
–> Hrundi et Fernand : à nouveau, vous faites la preuve de votre vigueur, vous avez frayé jusqu’aux eaux saumonneuses et y avez pondu « en une brusque secousse une réplique d[e vous]-mêmes » (c’est du Quignard, rien de moins pour le grand professeur et son Bon), et moi de me régaler, euh… de me réjjjouir ??
–> Je ne vois rien de court à être Grand Procrastinateur, dear ! Vous élevez la chose jusqu’à en faire du grand Art, y a qu’à vous lire pour constater à quel point vous étirez le temps savamment…
–> di Brazza, encore une nuit sur la corde à linge en perspective ? Je sympathise ! Au moins, vous, vous possédez des peaux de rechange… Je m’explique : je ne suis pas totalement à l’aise à dire les choses ainsi car, lorsque je découvre les oeuvres d’un artiste, j’aime à prendre le temps de m’en imprégner afin que leurs impressions/marques/dépôts en viennent à se dégager d’eux-mêmes et à trouver (en moi) les termes qui leur reviennent (au moins un peu) justement. Cela pour dire que m’étant un peu attardée à regarder votre Mémorial déjà, j’ai été particulièrement frappée par la 1ère Station. J’en ai même parlé à mon grand neveu cet après-midi. Tout ce Mémorial est très singulier, mais je crois bien que son premier tableau restera accroché dans ma mémoire à jamais…
Comment erre Marie Danielle — 08/12/2005 @ 4:03 am